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remplir également les deux côtés de la plinthe. L’ensemble du relief n’affecte ni la forme d’une pyramide ni celle d’un parallélogramme ; il se compose suivant une ligne oblique dans la direction du mouvement déjà commencé. Les pieds de l’ange ont déjà quitté la terre ; de son bras étendu il désigne le ciel, où il va s’envoler. Jacob, resté sur la terre, s’avance vers lui les mains étendues et cherche à le retenir en l’entourant de ses bras. Il y a un contraste heureux entre la figure tout humaine et terrestre du jeune berger à peu près nu et la silhouette éthérée du messager céleste, avec ses longues draperies flottantes et fluides. La facture même du relief est simple et correcte ; elle n’a rien de supérieur, mais elle n’a rien de choquant. En somme, c’est une œuvre qui fait le plus grand honneur au talent nouveau qu’elle nous révèle.

VII

Passons maintenant à la sculpture bourgeoise. Nous en trouvons le type le plus élevé dans la Ceinture dorée de M. d’Épinay. C’est une femme nue, comme de raison, et même une très jeune femme, dont le corps virginal a encore toute la fraîcheur et toute la pureté d’un beau marbre de Carrare, et cependant elle a déjà la physionomie et le genre de beauté du métier qu’elle va faire. Debout sur la jambe droite, elle se redresse en bombant la poitrine, et, ramenant ses deux coudes en arrière, elle agrafe avec complaisance la ceinture fatale. Voilà de la poésie bourgeoise, s’il en fut jamais ! On pourrait s’en consoler, si l’exécution elle-même n’était pas bourgeoise et, comme on dit aujourd’hui, toute de chic. C’est l’œuvre élégante d’un homme d’esprit, et d’esprit facile, qui a été l’élève de Dan tan, et qui s’inspire à ses heures sérieuses de la sculpture de Canova.

La Léda de M. Marcellin est dans le style du XVIIIe siècle ; c’est une imitation de Falconey, gracieuse toujours, mais pleine d’afféterie et de mièvrerie. Tout son jeune corps souple et lascif ondule et se replie comme le long cou du cygne amoureux qui caresse une de ses jambes. Pour que sa nudité paraisse encore plus provocante, elle retient sur son épaule le bout d’un tout petit manteau qui semble positivement dérobé à une toile de Watteau ou de Lancret. Ce petit groupe ornera à merveille le boudoir de la jeune vierge de M. d’Épinay. Le Printemps, de Mme Bertaux, fidèle aux femmes mordues par une mouche, trouvera place dans la chambre à coucher, et, s’il y a dans l’appartement une salle à manger égypto-pompéio-assyrienne, on y mettra la Sémiramis de M. Emile Hébert. La Rêverie d’enfant, de M. Chabrié, mérite de prendre place dans