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guerriers, des troubadours, et à une époque plus récente des docteurs du catharisme. Il faut ranger parmi ces derniers toute une série de femmes distinguées, dont la plus brillante fut la vicomtesse Esclarmonde, célèbre par sa piété, son savoir et son inépuisable charité. Le pog ou puy de Montségur est une montagne en forme de pyramide tronquée d’environ 2 kilomètres de long sur un demi-kilomètre de large, détachée de la masse montagneuse voisine par le cours encaissé de l’Ers. Les pentes environnantes sont presque partout verticales ; à l’ouest, le talus qui domine le val de Montségur est un peu plus abordable, mais très abrupt encore. Une rampe, menée à force de travail le long de l’escarpement du nord-ouest, conduit seule au plateau, qui lui-même, s’abaissant vers le milieu, se partage en deux plates-formes distinctes. L’horizon, fermé au sud, à l’ouest et à l’est par un gigantesque cirque de montagnes boisées, s’ouvre vers le nord dans la direction des châteaux de Mirepoix et de Pamiers. Des travaux considérables avaient été ajoutés aux vieilles défenses du château en prévision du siège qu’il devait soutenir. Déjà les anciens possesseurs avaient fouillé comme des termites les entrailles de la montagne, et un mystérieux réseau de souterrains avait été percé dans la roche vive, faisant ainsi de Montségur un véritable château des Pyrénées, réalisant tous les rêves de l’école effrayante d’il y a cinquante ans.

Hugues des Arcis, sénéchal de Carcassonne, commença par détruire le camp de Nore sur la Montagne-Noire. La vallée des Clamours, théâtre d’un combat acharné, semble nous apporter dans son nom sinistre l’écho des cris de guerre et de rage qui la remplirent ce jour-là. Puis il reçut l’ordre de se concentrer sur Montségur. L’élite des chevaliers dépossédés par la croisade, une masse de faidits, le patriarche cathare Bertran d’En Marti, successeur de Guilhabert de Castres, un grand nombre de diacres et de diaconesses, étaient venus se renfermer dans le vieux château pour y livrer le suprême combat de leur foi. Des vivres, de l’argent, des armes, avaient été réunis en quantité immense dans les souterrains. Le chef des assiégés fut Pierre Roger de Belissen, qui depuis longtemps s’était préparé à la défense du castel héréditaire de sa famille. Le connétable occupa d’abord les villages d’en bas, et gravit lentement le chemin qui monte de Lavelanet à Montségur. Après des efforts titanesques, il parvint à s’établir sur l’extrémité du plateau opposée au château ; mais les murs de la forteresse étaient très hauts, d’une épaisseur à défier les moyens ordinaires de faire brèche. Il résolut alors de construire ce qu’on appelait une chatte, c’est-à-dire une tour roulante, semblable à celle que les croisés de Godefroy de Bouillon avaient employée lors du siège de