Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/795

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simple, un éloignement décidé pour les cabales de la cour, une apparente approbation de ce qu’on réprouve intérieurement, assureraient son repos et lui vaudraient l’affection du roi. Malheureusement l’âge et le caractère différaient trop : la jeune dauphine ne profita guère de ces fines maximes de sagesse pratique. Tant de modération l’étonnait, surtout en présence de la Du Barry, « la plus sotte et impertinente créature qui soit imaginable. » Elle goûtait infiniment plus les maximes hautaines et absolues d’Adélaïde. Celle-ci, désireuse de conserver l’empire qu’elle avait pris sur sa nièce, montrait une grâce charmante à lui procurer les amusemens de la jeunesse. Ainsi, malgré les instantes prières de sa mère et en dépit des assurances un peu hypocrites qu’elle lui donnait, la dauphine brûlait du désir de suivre à cheval les chasses royales. Adélaïde se chargea d’obtenir la permission du roi ; un complot hardi fut formé. « Il avait été décidé qu’un des premiers écuyers de la petite écurie, et le seul admis dans la confidence, tiendrait un cheval prêt dans un endroit marqué de la forêt, qu’on y enverrait aussi les ânes, mais que Madame la dauphine, arrivant au rendez-vous, monterait sur le cheval, et que les autres montures seraient renvoyées (16 novembre 1770). »

L’intimité de la dauphine avec Mesdames avait de plus graves inconvéniens. C’est peu de noter la faiblesse d’esprit, la légèreté de paroles des princesses : elles manquaient de tact et de clairvoyance à un point qu’on ne saurait imaginer. « M. le dauphin lui avait promis d’aller coucher dans son appartement le surlendemain, c’est-à-dire le 20 septembre, écrit Mercy en parlant de la dauphine. Mme l’archiduchesse, fort aise de cette promesse, n’avait rien eu de plus pressé que d’en aller faire confidence à Mesdames Adélaïde et Sophie et à la comtesse de Narbonne. Celles-ci, de leur côté, le confièrent à tant de monde que cela devint la nouvelle du jour. Madame Adélaïde voulut de plus joindre à cette indiscrétion celle de faire des exhortations à M. le dauphin, et il en fut si effarouché qu’il manqua tout uniment de parole à Mme la dauphine. Il avait renouvelé une semblable promesse pour le 10 de ce mois ; elle fut confiée à Mesdames ainsi que la première, et M. le dauphin ne l’a pas tenue plus exactement (20 octobre 1770). » Faire certaines confidences à Mesdames n’était pas, on le voit, sans danger. Comme leurs bonnes intentions ne sont pas douteuses, on reste confondu de tant de naïveté. Sans les périls très réels où courait la dauphine, Mercy n’aurait pas toujours été « sur la brèche, » Marie-Thérèse n’aurait pas écrit à la fin une de ces grandes lettres qui frappaient comme la foudre l’entendement, sinon le cœur, de sa fille. «… Ce qui m’a fait de la peine, dit l’impératrice, et m’a