Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/796

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convaincue de votre peu de volonté de vous en corriger, c’est le silence entier sur le chapitre de vos tantes, ce qui était pourtant le point essentiel de ma lettre et qui est cause de tous vos faux-pas. Dans le reste, c’est sur ce point, ma chère fille, que vous me devez suivre et me mettre au fait. Est-ce que mes conseils, ma tendresse, méritent moins de retour que la leur ? J’avoue, cette réflexion me perce le cœur. Comparez, quel rôle, quelle approbation ont-elles eue dans le monde ? Et, cela me coûte à le dire, quel est-ce que j’ai joué ? Vous devez donc me croire de préférence quand je vous préviens ou conseille le contraire de ce qu’elles font. Je ne me compare nullement avec ces princesses respectables, que j’estime sur leur intérieur et qualités solides, mais je dois répéter toujours qu’elles ne se sont fait ni estimer du public ni aimer dans leur particulier. A force de bonté et coutume de se laisser gouverner par quelques-uns, elles se sont rendues odieuses, désagréables et ennuyées pour elles-mêmes, et l’objet des cabales et tracasseries. Je vous vois prendre le même train, et je dois me taire (31 octobre 1771) ? » La dauphine ouvrit enfin les yeux sur les défauts de ses tantes. Dès le commencement de 1772, elle secoue le joug de Madame Adélaïde, timidement d’abord : elle la craint.

Au lieu de passer toutes ses soirées chez Mesdames, elle va chez le comte et la comtesse de Provence. Elle daigne adresser une parole à la favorite : les tantes se bornent à un peu de bouderie. Lors de l’inauguration du pont de Neuilly (octobre 1772), à laquelle la dauphine devait assister avec Louis XV et, la comtesse Du Barry, elle déclara à ses tantes, qui désapprouvaient ce projet, « qu’elle jugeait convenable d’aller partout où il s’agissait de se trouver auprès du roi. » On en vint, paraît-il, à des propos piquans de part et d’autre : tout Versailles le sut bientôt. Quand Mercy entra chez l’archiduchesse, il la trouva très irritée. « Si maman me voyait dans ce moment-ci, s’écriait-elle, elle saurait que je ne suis pas du parti de mes tantes. » Enfin le 10 décembre de la même année Mercy écrivait à l’impératrice : « La tutelle de Mesdames a cessé. » Plus d’intimité ni de confiance, du moins avec Adélaïde et Sophie, car Victoire continuait à bien traiter la dauphine. Il s’en fallait de beaucoup que la faveur d’Adélaïde fût alors ce qu’elle avait été. Un baron de Montmorency, son chevalier d’honneur, lui déplaisait ; elle supplia le roi de l’en délivrer : soutenu par la favorite, le baron garda son titre. Quand on forma la maison du comte d’Artois, Adélaïde, qui avait surveillé l’éducation de son neveu, comptait disposer des places à donner : la Du Barry renversa tous ses projets. L’altière princesse avait alors de magnifiques colères ; elle s’efforçait d’associer à sa cause toute la famille royale, voulait que la dauphine