Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/809

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avaient été l’un des principaux fauteurs. L’histoire de la Russie revit presque tout entière dans deux grandes laures : Pelcherski, le couvent des catacombes des bords du Dnieper, symbolise et résume La première période de l’existence nationale, Troïtsa la seconde. Petcherski personnifie l’âge de Kief, Troïtsa l’âge de Moscou. Les monastères de Russie étaient des citadelles qui le plus souvent gardent encore leurs murailles crénelées ; ce sont les châteaux-forts du moyen âge russe. Les plus grands sont de vraies villes contenant de nombreuses églises ou chapelles : Troïtsa en a 14, Solovetsk 7, Simonof et Donskoï de Moscou 5 ou 6.

Beaucoup de ces maisons religieuses réunissent l’intérêt pittoresque à l’intérêt historique. En Russie comme partout, les moines ont choisi les plus beaux sites : les ermitages se sont bâtis au bord d’un fleuve ou d’un lac, parfois dans une île, les cénobites ont occupé les plus belles clairières des forêts ou les oasis boisées des steppes. Troïtsa élève au bord d’un ravin ses grosses tours de briques rouges, qui ont arrêté les Polonais, maîtres de Moscou, et servi d’abri à Pierre le Grand contre les strelitz en révolte. Dans une de nos visites à ce sanctuaire national, le moine qui nous faisait faire le tour des murs nous montrait par les embrasures l’emplacement des tentes et des canons polonais auxquels répondaient les canons du monastère (1608-1609). A Petcherski de Kief, le site est plus grandiose, les souvenirs plus sombres et plus mystérieux. Ce couvent, qui fut le point de départ de tous les moines russes, le séjour de saints innombrables et des premiers chroniqueurs nationaux, est construit sur une des collines de la rive droite du Dnieper ; au pied du monastère, de l’autre côté du grand fleuve, s’étend un paysage aussi plat et aussi vaste que la mer ; au-dessous sont les noires catacombes où vécurent les vieux anachorètes, où leurs corps reposent debout. Dans ces galeries souterraines, aussi étroites que celles des catacombes romaines, se presse au matin la foule des pèlerins. Dirigés par les moines, ils s’y enfoncent en longues files chacun un cierge à la main ; de la niche dont ils font leur tombeau après en avoir fait leur demeure, les saints ascètes murés dans la paroi tendent une main desséchée aux baisers des fidèles. D’autres monastères à peine moins illustres, Simonof, Donskoï et Novopaski, dont les murs ont arrêté les Tatars aux portes de Moscou, Saint-George de Novgorod, l’Assomption de Tver, la nouvelle Jérusalem qui, à quelques lieues de Moscou, reproduit les lieux saints de Palestine, Solovetsk, sur la Mer-Blanche, rappellent aussi de glorieux souvenirs et attirent de nombreux pèlerins. Ces sanctuaires rehaussent aux yeux du peuple les contrées ou les villes qui les possèdent. Pierre le Grand, malgré son peu d’amour des moines, ne voulut pas laisser sa nouvelle capitale sans cette sorte de