Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/857

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’approche de l’automne ; les chrysalides passent l’hiver, et les papillons qui en sortent ont tous les ailes fauves. Ainsi l’alternance s’effectue avec une admirable régularité, de telle façon que les enfans ne sont jamais semblables à leurs parens. Jusqu’ici la raison du phénomène nous échappe ; mais en vérité on ne saurait admettre que la vanesse carte-géographique ait tiré son origine d’un autre insecte, parce que tour à tour elle a des ailes fauves ou noires. Lorsque par hasard la chaleur est forte et soutenue pendant les mois de septembre et d’octobre, quelques papillons éclosent avant le terme ordinaire. Ceux-ci offrent le mélange des deux couleurs ; n’apparaissant que d’une façon très accidentelle, ils meurent sans postérité, la rigueur de la saison ne laisse pas aux larves le moyen de subsister.

Cette année même, l’Académie des Sciences accorde un de ses prix à l’auteur d’une intéressante découverte : une sorte de dimorphisme bien étrange dont on ne citait pas encore d’exemples. De petites bêtes du genre de la mite du fromage : des acares, qu’on nomme des tyroglyphes, et d’autres acares, qu’on appelle des hypopes, ne frappent l’observateur attentif que par des dissemblances. Les naturalistes avaient beaucoup étudié les caractères de ces êtres, et nul n’aurait soupçonné une relation entre les tyroglyphes et les hypopes ; on vient de nous apprendre que les deux formes appartiennent à chaque espèce d’un groupe zoologique tout entier [1].

Sur des champignons vivent certaines espèces de tyroglyphes ; les individus se comptent par milliers du plutôt ne se comptent pas tant ils sont nombreux. Il y en a de tous les âges, les générations se succèdent avec une étonnante rapidité ; au milieu de la microscopique population, on ne voit toujours que des tyroglypes. Le moment arrive où le champignon qui fournissait la pâture aux petits êtres est épuisé. Les pauvres acares, mal protégés par des tégumens assez mous, très imparfaitement doués pour la locomotion, ne peuvent se porter à distance, jeunes et vieux périssent ; mais dans le nombre survivent des individus assez avancés dans leur développement, sans être encore adultes. Ceux-ci ne tardent pas à muer ; alors ce ne sont plus des tyroglyphes. Acares solidement cuirassés, n’ayant qu’un appareil buccal rudimentaire, parce qu’ils ne doivent jamais manger, privés d’organes reproducteurs, parce qu’ils doivent demeurer stériles, munis à la face inférieure du corps de petites ventouses, parce qu’ils ont besoin de rester fixés sans efforts pénibles, ce sont des hypopes. Ces acares s’accrochent au premier animal, mammifère ou insecte, passant à leur portée, et de la sorte ils voyagent aussi longtemps que la saison le commande ou que la

  1. M. Mégnin.