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II

Si nous cherchons à caractériser les traits essentiels de ce que nous appelons l’école dynamiste, nous pouvons dire qu’ils se ramènent à trois points principaux ; Cette école fait prévaloir l’idée de force sur l’idée de substance ; et même, avec Leibniz, elle ramène en général la substance à la force. En second lieu, elle ne voit dans l’étendue que le mode d’apparition de la force, et elle compose les corps d’élémens simples et inétendus plus ou moins analogues, sauf le degré, à ce qu’on appelle l’âme ; enfin elle voit dans les forces non pas seulement, comme les savans, des agens généraux, ou les modes d’action d’un agent universel, mais des principes individuels, à la fois substances et causes, qui sont inséparables de la matière, qui constituent la matière même. Le dynamisme ainsi entendu n’est que le spiritualisme universel.

On voit que la doctrine repose tout entière sur la notion métaphysique de la force, entendue comme une entité effective, substantielle, individuelle, fort différente par conséquent de ce que les savans appellent des forces, c’est-à-dire des causes indéterminées, absolument inconnues dans leur essence, qui ne se manifestent que par leurs effets, et qui ne sont guère que les formules abrégées de chaque classe irréductible de phénomènes. Telle est du moins la tendance qui paraît dominer de plus en plus dans l’esprit des savans, au point même que quelques-uns d’entre eux ont été jusqu’à croire que ce résidu métaphysique, si peu qu’il en reste encore, peut et doit être lui-même absolument éliminé et remplacé par des signes mathématiques. En même temps que cette disposition se manifestait chez les savans, le même mouvement se produisait en métaphysique, et le positivisme français, de même que l’empirisme anglais, renouvelant ou continuant la vieille philosophie de Condillac et de Hume, s’efforçait de ramener la notion de force ou celle de cause à un simple titre nominal, utile sans doute pour les nomenclatures des philosophes et des savans, mais n’ayant pas plus de valeur intrinsèque que la vertu dormitive qui fait dormir, ou la vertu pulsifique qui fait battre le pouls. Il sera donc intéressant et il sera nécessaire d’étudier ce double point de vue, si l’on veut se rendre compte de la signification et de la valeur du dynamisme en philosophie.

Il faut remonter plus haut, et nous replacer par la pensée à ce moment décisif de la pensée moderne où Descartes, rompant définitivement avec la physique péripatéticienne, déclarait que tous les phénomènes de l’univers corporel pouvaient s’expliquer par la