Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/192

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étendues, d’aptitudes variées ? La science et le caractère ne mettent-ils pas tout le monde sur le même pied ? Souplesse d’esprit, promptitude de décision, étude approfondie de presque tous les pays ; voilà qui vaut tout un héritage de relations et qui abrège la routine de l’apprentissage.

Ceux qui pensent ainsi n’ont pas manqué d’emprunter aux Allemands leur moyen de succès ; ils ont fondé des écoles de commerce. Nous n’avons pas à étudier ces belles institutions, auxquelles on a consacré tantôt de gros livres, tantôt des pages vigoureuses. Indiquons seulement l’esprit qui domine parmi les chambres de commerce en matière d’éducation : quelques-unes se défient encore de l’enseignement théorique ; mais « le temps n’est plus, dit Bordeaux, où les jeunes gens pouvaient passer de dix à douze ans dans un comptoir pour apprendre, en tâtonnant, une partie de ce qu’ils acquièrent en deux ans dans les écoles de commerce. » D’ailleurs peu ou point d’intervention de l’état ; les écoles se fondent toutes seules, avec l’argent des particuliers, chose inouïe et qui s’est vue pourtant à Lyon, Marseille, Le Havre, Rouen et Bordeaux ; pas de programme officiel et fixe, la plus grande liberté sur le règlement intérieur ; des bourses de voyage distribuées à titre de récompenses, quelquefois même les frais de premier établissement offerts par la chambre de commerce aux sujets les plus distingués. A l’état, on demande sa sanction pour l’octroi du diplôme que les écoles délivrent, et la présence aux examens d’un personnage plus ou moins officiel ; il faut bien faire quelque chose pour ces pauvres pères de famille qui aiment tant l’administration. On achèvera de les séduire, si le gouvernement veut bien ouvrir aux élèves des écoles de commerce les consulats, les ports, les douanes, etc. Rassurez-vous, honnêtes gens, vos fils ainsi préparés, s’ils font de piètres négocians, pourront encore conserver la noble ambition d’être douaniers ou gendarmes. Ce qui est plus important, le diplôme, selon le vœu des chambres de commerce, donnerait des droits au volontariat d’un an, et les élèves des écoles profiteraient du sursis d’appel dont il est question dans l’article 57 de la loi militaire du 27 juillet 1872. On demande à l’état quelque chose de plus difficile : c’est d’inviter l’université à tenir la balance égale entre l’éducation classique et l’enseignement spécial fondé par M. Duruy. Certainement, si les proviseurs songeaient moins aux concours généraux, s’ils ne dénigraient pas, même à leur insu, cet enseignement pratique placé sous leur égide, si le discours latin ne passait pas pour la nourriture des forts et la géographie pour le pis-aller des incapables, nos affaires n’en iraient pas plus mal.

A force de remonter la chaîne des causes qui exercent leur influence sur le commerce extérieur, les chambres de commerce ont