Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/223

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une démarcation, suivie terrain des doctrines, entre les nuances les plus rapprochées des églises les plus voisines, — ces trois faits, qui m’ont surtout frappé, ne sont-ils pas d’heureux augure pour ceux qui rêvent la paix religieuse en ce monde ?

Le jour où la société comprendra que l’unité religieuse doit se chercher non dans une chimérique uniformité de dogmes, mais dans l’union des sentimens provoqués chez les hommes par leur perception individuelle de l’infini et de l’idéal, ce jour-là il pourra y avoir encore des controverses théologiques, des différences d’écoles, des congrégations variées dans leurs pratiques comme dans leur dénomination ; mais il n’y aura plus de sectes, il n’y aura plus d’églises, ou, pour mieux dire, il n’y en aura plus qu’une : la communauté des fidèles groupés dans leurs temples respectifs pour adorer Dieu suivant des formules diverses. Déjà aujourd’hui ne voyons-nous point, par ce tableau même des églises rationalistes, que la tolérance dans les dogmes n’exclut pas la variété dans les rites ? Les unes, comme l’unitarisme, tiennent plus compte de la tradition ; les autres, comme le théisme du révérend Charles Voysey, se fondent davantage sur le raisonnement ; d’autres enfin, comme le déisme de M. Moncure D. Conway, tâchent de ne se baser que sur le sentiment, — et ainsi chacune répond à une face particulière de notre nature religieuse ; mais toutes se trouvent reliées par cette conviction commune, d’abord qu’en cas de conflit entre la raison et la foi, c’est la première qu’on peut et qu’on doit suivre, — ensuite que l’homme est moralement tenu, suivant la définition des free christians, « non de posséder la vérité religieuse, mais simplement de la chercher avec conscience. » C’est seulement à la condition de prendre ces deux principes pour point de départ qu’on’ pourra utilement travailler à la solution de ce qu’un savant, peu suspect de partialité spiritualiste, M. le professeur J. Tyndall, appelait « ce problème des problèmes, la satisfaction rationnelle des sentimens religieux. »

Tout laisse prévoir que, parmi les nations du vieux continent, l’Angleterre sera la première à approcher de ce but. Sans doute les congrégations dont nous avons esquissé le tableau ne comptent encore qu’un nombre restreint de fidèles ; mais on ne peut méconnaître qu’elles ne représentent une tendance de plus en plus répandue dans la société anglaise, chez les hommes de science, comme chez les hommes de religion : le désir sincère et réciproque de trouver les conditions d’une, entente définitive entre la religion et la science. Même l’église établie n’échappe pas à ce mouvement : comme le démontrait naguère M. Albert Réville, entre les ritualistes et les revivalistes, qui, dans des voies différentes, personnifient une suprême réaction de l’esprit théologique contre les