Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/340

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— Que le Talmud les dédaigne ou non, je régnerai, répondit Pennina, et toi, ne blasphème pas contre Dieu, qui t’a donné une femme sage, car je sais que Salomon dit : « Par une femme sage est édifiée la maison, elle est détruite par une folle. »

Pennina se leva, croisa les mains sur sa nuque, s’étira tout assoupie, les yeux à demi clos et moqueurs pourtant : — Le matin va venir, dit-elle, dormons.

Jehuda rougit. Pennina l’avait surpris à se demander par habitude des méditations et des recherches abstraites en quels termes Séméi avait pu injurier David après le triomphe d’Absalon.

Lorsque Pennina sortit de son sommeil, une lumière dorée se répandait à travers les rideaux sur les arabesques des tapis. Jehuda, assis sur le lit, réfléchissait déjà. — Eh bien ! lui demanda-t-elie, à quoi penses-tu ?

— Je cherche en quels termes Séméi a dû maudire David.

La jeune femme haussa les épaules. — Évidemment, pensa-t-elle, ce Séméi l’intéresse plus que moi.

Tandis qu’il s’égarait de plus en plus dans ces subtilités de commentateur : — N’est-ce pas, dit Pennina, n’est-ce pas au Cantique des cantiques que se trouvent ces paroles : « J’ai cherché dans mon lit, la nuit, celui qu’aime mon âme, je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé ? »

— En effet.

— Et n’est-il pas écrit encore que la flamme de l’amour est brûlante, que c’est une flamme du Seigneur ?

— Sans doute.

Pennina était étendue sur le dos, les bras croisés sous sa tête. — Oui, murmura-t-elle, oui, elle est brûlante au point que l’eau ne peut l’éteindre ni les fleuves la noyer. Quiconque pour remplacer l’amour voudrait donner toutes les richesses de sa maison n’y parviendrait pas. — Puis, saisissant le bras de son mari : — Où as-tu lu que les mariages étaient écrits au ciel ?

— Dans le Talmud.

— Il faut que tu me le fasses voir, sans quoi je ne te croirai pas.

La nuit d’après, le savant Jehuda réveilla en sursaut la belle Pennina.

— Qu’y a-t-il ? s’écria-t-elle effrayée, le feu ?…

— Ce n’est pas le feu, mais j’ai trouvé.

— Trouvé quoi ?

— Les injures de Séméi à David, répondit le sage, dont les prunelles éiincelaient dans l’obscurité. J’ai découvert la clé du texte.

— Au bout de mille ans ?

Jehuda expliqua longuement à sa femme l’opération du natari-