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regrets. L’essentiel, dans tous les arts, et surtout dans la politique, qui est le premier de tous, est de distinguer le possible de l’impossible, la fécondité de la stérilité, la vie de la mort. »


L’impossible, c’est la résurrection du vieux système de la protection de l’église catholique par l’état, à l’exclusion de toute autre église. Il faut renoncer à ce régime du privilège ; il faut y renoncer sincèrement et absolument :


« Et il ne suffit pas que cette renonciation soit tacite et sincère, il faut qu’elle devienne un lieu-commun de la publicité ; il faut nettement, hardiment, publiquement protester à tout propos contre toute pensée de retour à ce qui irrite ou inquiète la société moderne… Désavouons donc sans relâche tout rêve théocratique, afin de n’être pas stérilement victimes des défiances de la démocratie, et, pour mettre à couvert des orages du temps cette indépendance du pouvoir spirituel qui est plus que jamais le suprême intérêt de nos âmes et de nos consciences, proclamons en toute occasion l’indépendance du pouvoir civil… »


De nouvelles acclamations interrompirent ici l’orateur ; elles redoublèrent quand il déclara avec une nouvelle insistance que l’église ne pouvait être libre désormais qu’au sein de la liberté générale, et que, pour ce qui le concernait personnellement, il voyait dans cette solidarité de la liberté du catholicisme avec la liberté publique un progrès immense. « Je conçois très bien, reprit-il avec un accent moitié révérencieux, moitié ironique, qu’on en juge autrement et que l’on regrette ce qui n’est plus avec une respectueuse sympathie. Je m’incline devant ces regrets ; mais je me redresse et je regimbe dès que l’on prétend ériger ces regrets en règle de conscience, diriger l’action catholique dans le sens de ce passé évanoui, dénoncer et condamner ceux qui repoussent cette utopie. »

Au surplus, ajoutait-il avec un redoublement d’ardeur véhémente, il n’y a pas lieu de regretter ce passé à jamais évanoui, car l’église a toujours, en dépit des apparences, beaucoup plus souffert de la protection du bras séculier qu’elle n’en a profité. Chaque fois qu’elle a dû vivre et lutter seule contre ses adversaires, elle a retrouvé avec une merveilleuse rapidité les beaux jours de sa force et de sa jeunesse. Comme exemple à l’appui, il n’hésitait pas à citer l’époque qui suivit la concession de l’édit de Nantes :


« Aussitôt éclata cette magnifique efflorescence du génie, de la discipline, de l’éloquence, de la piété, de la charité catholiques, qui place le XVIIe siècle au premier rang des siècles de l’église. »


Louis XIV révoque l’édit de Nantes :