Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/532

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par une crue extraordinaire du Salat, que plusieurs rues avaient été inondées, que dans certaines maisons l’eau montait jusqu’au premier étage. Cependant aucune habitation ne s’était effondrée, personne n’avait péri, les ponts avaient vaillamment résisté. Tout se réduisait à des marchandises avariées, aux dégâts causés dans les magasins et les sous-sols. Seule, une papeterie sur le bord de la rivière avait été emportée. Quant aux nouvelles de l’extérieur, il ne pouvait en donner, les communications avec Toulouse étant coupées depuis le 23. Toutefois des rumeurs vagues s’étaient fait jour, on parlait de grands désastres. Sur ces entrefaites, le courrier venait d’arriver, mais n’apportait encore que les journaux du 22. Tout à coup un cri retentit dans le village. Une lettre venue de Foix annonce que 3,000 personnes ont péri à Saint-Cyprien, et que ce riche faubourg n’est plus qu’un vaste amas de ruines. Tout le monde s’émeut, on se fait passer la lettre de main en main, il n’est plus permis de douter. Une inondation atteignant les proportions d’un déluge a désolé les rives de la Garonne, ainsi que celles de ses premiers affluens.

Le mal était-il restreint à la région sous-pyrénéenne ou embrassait-il le cours tout entier du fleuve ? Les autres régions de la France étaient-elles atteintes par le fléau ? Nombre d’étrangers, la plupart du Languedoc ou du Bordelais, se trouvaient à Aulus, et chacun d’eux avait à craindre à la fois pour ses propriétés et pour sa famille. On dévore les journaux, les dernières dépêches ne dépassaient pas le 22. A défaut de nouvelles plus récentes, on cherche les bulletins météorologiques. Presque toutes les pluies qui tombent sur les Pyrénées viennent d’ordinaire de l’Océan. On sait aussi que les bulletins publiés par l’Observatoire signalent toutes les bourrasques qui s’abattent sur la France et dont le point de départ est généralement au large des mers qui s’étendent au nord-ouest et à l’ouest de nos côtes de l’Atlantique. Or tous les bulletins publiés jusqu’à la date du 22 nous permettent d’espérer : aucun cyclone, aucune dépression barométrique, aucune perturbation atmosphérique n’est signalée. Rassurés de ce côté, nos inquiétudes vont à partir de ce moment s’accroître chaque jour pour ce qui touche au midi. Le lendemain, le courrier ayant fait un détour par Carcassonne et Foix, nous reçûmes les journaux de Toulouse du 23 et du 24, ainsi que plusieurs correspondances particulières, et dès lors la vérité commença de nous apparaître sous son effroyable aspect. Nous pûmes en même temps nous rendre compte de cette contradiction inexplicable entre le ton rassurant des bulletins météorologiques venus de l’Océan et l’effroyable ouragan qui avait fondu sur les Pyrénées. Un journal du midi annonçait en effet qu’on avait observé avant le 22 l’existence d’une dépression barométrique sur la ligne d’Alger à