Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/541

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n’offre rien de remarquable sur son parcours et n’avait pas fait parler d’elle, depuis l’inondation de 1827. Jusqu’aux environs du château de Durban, dont les ruines féodales s’élèvent sur un mamelon qui domine la contrée, les dégâts s’étaient réduits à quelques prairies ravinées, à quelques arbres déracinés ; mais après sa jonction avec la rivière de Castelnau, qu’elle reçoit non loin de là, les eaux devinrent destructives, et deux ponts furent rapidement emportés. A quelques kilomètres plus bas, la rivière traverse la grotte du Mas d’Azil, la plus célèbre peut-être des Pyrénées. Cet antre immense est également traversé par la route qui côtoie le gave sur une longueur de près de 500 mètres. C’est là que les protestans soutinrent un siège contre les catholiques lors des guerres de religion. On sait que M. le docteur Garrigou a constaté dans cette grotte la présence du mammouth, du grand ours et des débris de l’industrie humaine attestant l’existence de l’homme préhistorique. Inutile de dire que la route si péniblement construite fut emportée par les eaux. Une forge et un moulin qui se trouvaient au sortir de la grotte eurent le même sort. Bientôt la petite ville du Mas d’Azil, située sur la rive droite du gave, est menacée à son tour. L’eau se précipite dans les rues avec une rapidité foudroyante ; en un clin d’œil, tous les rez-de-chaussée sont inondés, dans beaucoup d’habitations les épaves flottent jusqu’à la hauteur du premier étage. La circulation devient impossible, chacun est assiégé dans sa demeure ; cependant, comme à Saint-Girons, les maisons tinrent bon, aucune vie humaine ne fut en péril. Il n’en fut pas malheureusement ainsi dans les autres localités situées entre le Mas d’Azil et l’embouchure de l’Arize. Presque partout on eut à déplorer la perte de quelques moulins, de quelques usines ou de plusieurs habitations. Les dégâts les plus considérables eurent lieu à la Bastide de Besplas, petit village qui s’est acquis une renommée si tristement célèbre, il y a une dizaine d’années, par le meurtre commis sur un vieux gentilhomme. Toutes les maisons, à l’exception de trois ou quatre, s’effondrèrent, entraînées par les eaux. Trois cents personnes étaient sans abri. A l’embouchure, les eaux de la rivière, refoulées par la Garonne, se replièrent sur elles-mêmes, et inondèrent tous les terrains des environs.

Je dirai peu de chose sur le Salat, premier affluent de droite de la Garonne, ayant déjà parlé de l’inondation de Saint-Girons, seule localité de quelque importance que traverse cette rivière. Le voisinage de l’Espagne et des populations de la montagne fait de cette ville un entrepôt assez considérable. Aussi les pertes, bien qu’elles n’affectassent que les marchandises, y furent sérieuses ; on les estimait à 800,000 francs. Au-dessous de Saint-Girons, on eut à regretter la perte de quelques papeteries et de quelques moulins. A