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concernant la structure et le mécanisme intérieur de l’univers. Pourtant ce ne sont pas les seuls problèmes que nous puissions aborder. Ce frémissement de l’éther que nous appelons lumière ne trahit pas seulement la direction où se trouve (ou du moins celle où se trouvait à une certaine époque) un corps céleste ; soumises à la question du prisme, les ondes éthérées se laissent interroger sur la constitution physique de l’astre d’où elles sont parties.

On sait quel ferment nouveau la découverte de l’analyse spectrale a jeté dans les études d’astronomie physique. Depuis quinze ans, le soleil, les étoiles, les nébuleuses, les comètes et les bolides, ont été examinés presque chaque jour à l’aide du spectroscope par une foule d’observateurs habiles et sagaces : il suffit de citer les noms de MM. Janssen, Huggins et Miller, Lockyer, Seechi, Wolf et Rayet, Rutherfurd. C’est comme une nouvelle spécialité qui a fait son apparition dans les observatoires, et autour de laquelle s’est créé tout un attirail d’instrumens ingénieux, tout un ensemble de méthodes d’observation et de théories nouvelles. Cette branche a pris une telle extension qu’elle réclame déjà des établissemens spéciaux. La création d’un observatoire d’astronomie physique à Paris, qui doit être placé sous la direction de M. Janssen, a été l’un des résultats de ce grand mouvement.

Les principes de l’analyse spectrale sont trop connus à l’heure qu’il est pour qu’il soit besoin de nous y arrêter. On sait que la lumière émise par un gaz incandescent donne un spectre formé de raies brillantes dont la couleur et le groupement permettent de reconnaître la composition chimique de ce gaz. Les corps solides ou liquides à l’état d’incandescence fournissent au contraire un spectre continu, à teintes plates, qui est le même pour toutes les substances ; seulement ce spectre se sillonne de raies sombres lorsqu’une atmosphère de vapeurs arrête au passage quelques-uns des rayons émanés du foyer lumineux, et ces raies sombres caractérisent alors les vapeurs qui enveloppent le corps incandescent. C’est ainsi que les raies noires, dites raies de Fraunhofer, que l’on compte par milliers dans le spectre solaire, nous apprennent de quoi se compose l’atmosphère du soleil. Elles nous donnent la certitude que l’astre qui nous éclaire est fait en somme de la même substance dont la terre est pétrie, car on y retrouve la plupart des élémens terrestres.

Les spectres des étoiles fixes offrent beaucoup d’analogie avec celui du soleil. Ce sont évidemment des soleils comme le nôtre, entourés d’atmosphères gazeuses qui renferment à l’état de vapeur une foule d’élémens terrestres. D’après le père Seechi, on peut les rapporter à quatre types principaux, dont chacun domine dans certaines régions du ciel. Le premier type comprend les étoiles blanches ou bleuâtres, telles que Sirius et Véga ; il est caractérisé par, quelques