Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/662

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relles a-t-il éclairé ces obscures questions ? M. Helmholtz a l’un des premiers tenté d’appliquer à la cosmogonie la théorie mécanique de la chaleur et la loi de la conservation de la force. Si nous adoptons les vues de Laplace concernant la genèse des mondes, il faut d’abord nous représenter notre système solaire sous la forme d’une nébuleuse remplissant tout l’espace jusqu’au-delà des limites de l’orbite actuelle de Neptune ; dans cette hypothèse, 1 gramme de matière pondérable devait occuper un volume de plusieurs milliards de mètres cubes. Cette masse vaporeuse, animée d’un mouvement de rotation très lent, se contracte peu à peu sous l’influence de l’attraction mutuelle de ses particules, et en même temps s’accélère la vitesse de rotation. De temps à autre, la force centrifuge arrache des régions équatoriales des lambeaux de matière qui ne tardent pas à s’agréger en globes planétaires, avec ou sans satellites, jusqu’à ce qu’enfin la masse-mère se soit elle-même conglomérée pour constituer le soleil.

Or ces limbes de notre système ne contenaient pas seulement à l’origine toute la substance destinée à composer le soleil et les planètes, ils renfermaient aussi toute la provision de force mécanique destinée à y fonder le laboratoire de la nature. La gravitation de tous ces atomes nébuleux constituait déjà un fonds d’énergie considérable ; en y joignant les affinités chimiques qui devaient se manifester au contact des atomes, on a une source assez riche de chaleur et de lumière pour qu’il soit inutile de chercher si à cette époque il existait aussi de la force sous forme de chaleur. Par le choc des atomes qui se rapprochaient entre eux, leur force vive était anéantie et convertie en chaleur : on peut évaluer la grandeur de ce travail de condensation, et l’on peut d’autre part estimer ce qui nous en reste encore sous forme de force mécanique en calculant la gravitation du système et toutes les vitesses planétaires. Il se trouve alors, dit M. Helmholtz, que nous ne possédons plus que 1/454 de la force originelle sous forme mécanique, et que le reste a été changé en chaleur : cette chaleur serait capable d’élever de 28 millions de degrés la température d’une masse d’eau égale à la masse totale du soleil et des planètes.

Les plus hautes températures que nous puissions produire ne dépassent pas quelques milliers de degrés. Toute la masse de notre système, convertie en charbon et brûlée, ne dégagerait pas la trois millième partie de cette prodigieuse quantité de chaleur. Il est donc probable que celle-ci a été presque entièrement dissipée dans l’espace à mesure qu’elle se développait. Néanmoins au début du travail d’agrégation toute la masse n’a dû être longtemps qu’un océan incandescent ; c’est d’ailleurs ce qui s’accorde avec les faits si nombreux qui portent les géologues à supposer que la terre a été