Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/683

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de la guerre leurs armes de précision, leurs mitrailleuses, leurs canons à longue portée, leurs monitors à tourelle ? Ils ont si bien conquis sur tout cela la prééminence, qu’aucun pays ne peut plus importer chez eux de produits similaires, ni lutter sur ce terrain avec avantage, et qu’ils seront un jour le fournisseur de l’Europe en ces matières comme l’Europe l’a été pour eux si longtemps. Leurs navires en fer l’emportent sur ceux de la Clyde, leurs machines agricoles, leurs locomotives, ont obtenu les premières médailles dans toutes les expositions, et quant à leurs ponts métalliques, nulle nation ne saurait en présenter d’analogues aux leurs. Ceux qu’ils ont jetés dernièrement sur le Mississipi à Saint-Louis, sur le Missouri à Omaha, et sur le Niagara devant les chutes ou à Buffalo, dépassent en hardiesse et en dimensions tout ce qu’on a pu faire ailleurs.

On estimait en 1872 à 14 millions de tonnes la production totale de la fonte de fer sur le globe. La Grande-Bretagne produisait environ la moitié de ce chiffre ou 6,700,000 tonnes, les États-Unis, qui la suivaient immédiatement, le cinquième ou 2,800,000 tonnes. Les pays qui venaient ensuite étaient l’empire d’Allemagne pour 1,600,000 tonnes, et la France pour 1,200,000, quantités qui sont à peine comparables aux chiffres de production de la Grande-Bretagne et des États-Unis. La Grande-Bretagne doublant sa production métallurgique environ tous les quinze ans, et les États-Unis la leur tous les dix ans (c’est pour l’un et l’autre pays la même loi que pour la production houillère), il est certain que dans vingt ans les États-Unis auront atteint et bientôt dépasseront leur rivale. Ici, beaucoup plus tôt que pour la houille, le rapport sera renversé. Qui ne prévoit toutes les conséquences que cette évolution économique aura sur les destinées de l’un et de l’autre pays ?


III. — LE PETROLE.

Dans une de mes courses en Pensylvanie, je prenais une nuit à Pittsburg le chemin de fer qui remonte la vallée de l’Alleghany. Deux jeunes Français qui étaient avec moi, l’un secrétaire, l’autre attaché à la légation de France à Washington, fort peu rassurés à la vie des compagnons de voyage que le sort semblait nous réserver, demandèrent un steeping car, sorte de wagon de luxe où, moyennant une légère redevance, on peut voyager dans un isolément relatif et passer la nuit dans un bon lit. Il leur fut répondu que le chemin de l’Alleghany ne jouissait pas de ce confort, et nous primes démocratiquement et résolument notre place à côté de ces hommes à mine rébarbative qui plaisaient si peu à mes deux compagnons ; ils étaient chaussés de grosses bottes où s’engouffrait le