Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/700

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pénitentiaux ? Elle se reprend à l’espérance et même à la joie de vivre ; chaque jour lui apporte de nouvelles raisons de croire à ses destinées. « Entre prime et tierce, disait le vieux chroniqueur, commença le jour à se réchauffer, et le soleil à luire et à monter, et les alouettes à chanter. » Voilà la France. O gaîtés d’alouette gauloise pointant vers le ciel bleu, vous êtes presque une vertu ! En vérité il en coûterait à cette fière et oublieuse nation d’admettre le dogme mystique de la république expiatoire. Elle s’est donné par esprit d’opportunité la forme de gouvernement que lui commandaient les circonstances, et elle s’adresse à tous les hommes de bonne volonté pour qu’ils l’aident à tirer de ses nouvelles institutions le meilleur parti possible. Elle croit à son avenir, et l’Europe y croit aussi depuis le 25 février, car l’Europe lui accordait beaucoup de bonnes qualités, mais elle doutait de sa sagesse, et le 25 février la France a été sage. Les hommes qui ont voté les lois constitutionnelles auraient tort de se regarder comme des anathèmes marqués d’un signe secret de réprobation, et séparés pour un temps de l’assemblée sainte et du corps des justes. Ils ont fait ce jour-là un acte de courageux bon sens, et un acte de bon sens honore plus un peuple, lui est un gage d’avenir plus assuré qu’une bataille gagnée.

La France n’est pas le seul endroit du monde où la lutte soit engagée entre l’intransigeance et l’esprit de conciliation, entre la politique formaliste, méticuleuse et doctrinale et la politique du bon sens. L’Espagne offre aujourd’hui l’exemple du mal que peuvent faire les dogmes à un pays qui est aux prises avec une situation difficile et s’occupe péniblement à se reconstituer. Un homme éminent a restauré à Madrid la royauté constitutionnelle, et huit mois lui ont suffi pour marquer parmi les hommes d’état de l’Europe. Il avait compris dès le premier jour qu’il ne pouvait réussir dans son épineuse entreprise que par une politique de transaction largement entendue et patiemment pratiquée. Ses laborieux efforts avaient été couronnés de succès. Il était parvenu à rallier, à grouper autour du trône non-seulement les conservateurs qui avaient toujours protesté, comme lui-même, contre la révolution de 1868, mais ceux qui avaient fini par l’accepter, une partie des libéraux qui l’avaient applaudie et quelques-uns des révolutionnaires qui l’avaient faite. Conciliant avec les choses comme avec les personnes, le projet de constitution qu’il avait inspiré était aussi une œuvre de transaction, un compromis passé entre les idées modernes et les traditions de l’Espagne, entre les idées libérales et les garanties jugées nécessaires à la sécurité de la couronne. Une crise est venue subitement interrompre et compromettre l’entreprise patriotique de M. Canovas del Castillo. Il n’est plus ministre, le cabinet dont il avait la présidence a été remplacé par un cabinet libéral, qui partage et représente ses idées, mais qui est un cabinet de parti, et M. Canovas n’entendait présider qu’un ministère libéral qui fût en même temps un ministère de conciliation. Qui a