Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/701

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déchaîné sur l’Espagne cette crise intempestive ? Elle est née de la question de savoir si les cortès qu’on devra prochainement convoquer seront élues par le suffrage universel ou par le suffrage restreint. Cette question n’avait qu’une importance secondaire. Sans vouloir préjuger le fond, M. Canovas estimait que la monarchie, trouvant le suffrage universel établi en Espagne, devait laisser aux cortès le soin de le conserver ou de le modifier, et que dans l’état des choses il ne pouvait être aboli que par une loi régulièrement votée et non par un décret. La solution qu’il proposait était conforme à l’équité, à toutes les règles du bon sens et d’une sage conduite. Trois de ses collègues l’ont obstinément repoussée. Ils ont dit : Périssent les colonies plutôt qu’un principe !

Un autre incident a surgi et crée de sérieux embarras au nouveau cabinet, présidé par le général Jovellar. L’article 11 du projet de constitution établit en Espagne non certes l’égalité des cultes, mais la simple liberté ou, pour mieux dire, la tolérance des cultes dissidens. En vertu de cet article, s’il est voté par les cortès, il sera interdit de mettre aux galères les Espagnols qui auront la fantaisie de prier Dieu en castillan, au lieu de le prier en latin. M. Canovas écrivait récemment à un ami : « Nous nous proposons d’établir en Espagne le libre exercice de tous les cultes, avec cette seule réserve que nous autoriserons seulement les manifestations et les cérémonies extérieures de la religion de l’état ; c’est une question d’ordre public, des collisions ayant plus d’une fois éclaté entre les habitans de tel pueblo et les prédicateurs évangéliques en plein vent. Nous avons déjà assez de causes de discorde et de guerre civile pour ne pas en accroître le nombre. De toute manière, c’est une solution conciliante, et on doit se féliciter que la majorité des anciens modères et l’unanimité des libéraux monarchiques que je représente, nombre desquels sont de fervens catholiques, consentent à admettre parmi les articles constitutionnels le libre exercice de tous les cultes non immoraux dans l’intérieur de leurs temples respectifs. » A Londres, à Berlin, cette concession paraîtra peut-être insuffisante, elle a été jugée excessive par le Vatican et par les hommes politiques qui prennent ses mots d’ordre. L’église était allée attendre le roi Alphonse à Valence le jour de son débarquement, et elle l’avait mis en demeure de rétablir dans la Péninsule l’unité religieuse, à quoi il avait répondu que l’église se trompait d’adresse, qu’à ses ministres seuls elle devait présenter ses requêtes. Quelques jours plus tard, dans un banquet, un personnage considérable ayant glorifié l’intolérance en célébrant les louanges de Philippe II : — Monsieur le marquis, répliqua doucement le jeune souverain, du temps de Philippe II c’étaient les rois qui faisaient les peuples, aujourd’hui ce sont les peuples qui font les rois. — Ceux des moderados qui sont les prisonniers de Rome n’ont point voulu accepter l’article 11, et, par une étrange illusion, le représentant de la chancellerie romaine à Madrid, Mgr Simeoni, s’est cru autorisé à s’adresser