Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/762

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sont aussi pauvres, aussi tristes et, il faut bien le dire, aussi sales que celles du fiord le moins fréquenté. Ces bœrs, — c’est ainsi qu’on les appelle, — échappent en quelque sorte à la description ; le crayon peut seul donner une idée exacte de ces constructions basses et massives, dont la pierre de lave et la tourbe constituent seules les matériaux. Pour mieux en garantir l’intérieur contre le froid et l’humidité, on se contente d’y pratiquer une seule petite porte qui donne accès dans un couloir sombre et étroit sur lequel s’ouvrent, je n’ose pas dire les pièces, mais les compartimens intérieurs prenant jour sur le dehors par un simple carreau de vitre. Ainsi que les murailles, le toit pointu qui recouvre l’édifice est revêtu d’une couche de tourbe sur laquelle l’herbe pousse assez épaisse pour que d’une certaine distance on puisse à peine distinguer le bœr des prairies avoisinantes. La distribution intérieure est des plus simples : une première pièce sert de cuisine, une seconde de lieu de repos et de réunion ; les autres contiennent les provisions, les vêtemens, les engins de pêche, tout le matériel du ménage. Au dehors se trouve un carré de terre cultivé où les légumes viennent assez bien pendant la belle saison, ainsi qu’une sorte de cabane dont les murs sont faits de planches séparées entre lesquelles l’air pénètre librement et qui sert de séchoir pour le poisson. Si le propriétaire du bœr n’est pas assez riche pour se permettre cette construction complémentaire, il fait sécher sa pêche en plein air, ce qui explique la quantité de morues ouvertes et décapitées que l’on aperçoit étalées sur tous les murs, et dont l’odeur surprend désagréablement le voyageur nouvellement débarqué. Ce n’est ni pour lui ni pour les siens que l’Islandais conserve ainsi le produit de sa pêche : il est destiné à être vendu en totalité, à l’exception des têtes, qu’il réserve pour sa consommation particulière, et qui forment avec le beurre, le lait et le poisson sec la base de son alimentation. Eh bien ! malgré les privations qu’implique une vie matérielle ainsi ordonnée, je ne crois pas qu’il soit exact d’avancer que les Islandais sont misérables. Bien qu’une certaine tendance à l’émigration commence à se manifester chez eux, ils paraissent au contraire généralement satisfaits de leur condition. Les ressources du pays suffisent à leurs besoins : la mer leur fournit le poisson en abondance, la terre ne demande presque aucun soin de culture ou de labour pour produire l’herbe nécessaire aux troupeaux dont la laine filée par les femmes fournit des vêtemens à la famille. Une partie des bestiaux périt souvent, il est vrai, pendant la saison d’hiver ; mais il en reste toujours en nombre plus que suffisant pour couvrir et au-delà les frais d’entretien et d’élevage.

Le type islandais n’a pas de caractère propre. C’est le type