Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/781

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fièvre. Dans tous les fiords que nous visitâmes par la suite, nos hommes profitaient de leurs descentes à terre pour se charger de cailloux de toutes dimensions, ramassés au hasard. Parfaitement ignorans des premiers élémens de la science, ils se laissaient exclusivement guider dans leur choix par l’originalité de la forme et de la coloration. Quelques-uns furent cependant assez heureux pour mettre la main sur des échantillons qui n’auraient pas déparé la vitrine d’un collectionneur.

Avant de nous diriger vers Hornwig, nous nous rendîmes à Faskrud-Fiord, où les navires de pêche viennent habituellement passer deux ou trois journées avant de faire voile pour la France. Cette relâche leur permet de refaire leur provision d’eau douce, et de consolider leur gréement et leur mâture en vue d’une traversée pendant laquelle il leur arrive souvent d’être rudement éprouvés par le mauvais temps. Aucun de ceux que nous trouvâmes au mouillage n’ayant besoin de notre assistance, nous repartîmes aussitôt. Il faisait calme plat ; le temps était magnifique, l’horizon très clair, et nous voulions mettre à profit ces conditions favorables pour faire route sur Hornwig ; mais, à peine hors du fiord, nous fûmes subitement pris par des brumes épaisses, auxquelles succédèrent de ; fortes brises et une très grosse mer. Il nous fallut attendre en croisant au large le retour du calme, sans lequel nous ne pouvions songer à nous rapprocher de la partie de la côte que nous avions pour objectif, car, quelle que soit la direction de la brise, la mer y devient aussitôt énorme, et, si les vents passent à l’est ou au sud, on s’y trouve immédiatement en perdition. Après six jours d’attente, le temps s’étant sensiblement modifié, nous profitâmes d’une belle journée pour reprendre notre route.

Nous allions chercher cette fois, non plus un de ces magnifiques ports naturels qui dentellent au nord, à l’est et à l’ouest les côtes de l’île, mais une baie ouverte à tous les vents, entourée de récifs et de brisans sans nombre, et dont on ne peut s’approcher qu’avec des précautions infinies. Arrivés à la tombée de la nuit, nous mouillâmes en pleine côte, gardant toujours notre machine prête à fonctionner, afin de pouvoir gagner le large au premier indice de changement de temps. Une embarcation fut expédiée à terre et nos hommes finirent, après de longues recherches, par découvrir sur le rivage un bœr vers lequel ils se dirigèrent. C’était justement celui dans lequel le naufragé recevait l’hospitalité depuis plus de cent soixante jours. Il était parti de France, en qualité de second, sur le lougre l’Oiseau des mers. Dans les premiers jours de mars, par un très beau temps, une quarantaine de navires, dont l’Oiseau des mers faisait partie, péchaient à une dizaine de milles de la pointe de Westre-Horn, qui forme l’un des côtés de la dangereuse baie