Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/784

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Shetland et les Féroe marquent encore la direction, et qui peut-être, aux époques primitives du globe, reliaient l’Islande au continent européen.

Nous nous dirigeâmes vers la plus grande de ces îles, qui possède une rade assez sûre, dans laquelle nous comptions rencontrer quelques-uns de nos pêcheurs. Le temps était très doux. Sur la surface calme de la mer s’ébattaient de nombreux hansbaks, sorte de baleines beaucoup plus maigres et beaucoup plus petites que les baleines franches, dont la pêche peu rémunératrice n’est pratiquée que par occasion dans quelques rares baies. Les oiseaux de mer, remplissant l’air de leurs cris aigres et discordans, tournoyaient autour des îlots que nous longions pour nous rendre au mouillage. La baie s’adosse d’un côté à de hautes falaises verticales au pied desquelles la sonde ne trouve pas de fond, et dont le sommet, accessible seulement du côté du large, est couvert de pâturages sur lesquels on laisse les troupeaux errer librement pendant la belle saison. De l’autre côté, sur le versant inférieur d’une colline verdoyante surmontée d’un cône noirâtre, cratère d’un volcan récemment éteint, se trouvent les bœrs et les maisons des marchands danois. L’innombrable quantité d’oiseaux de mer de tout genre j pingouins, malainocs, goélands, macareux, etc., qui ont élu domicile sur les rochers de Westman, est mise à profit par les habitans. A une certaine époque de l’année, on les tue à coups de bâton pendant leur sommeil, non pas afin d’utiliser pour l’alimentation leur chair huileuse et coriace, dont le palais le moins exigeant ne saurait s’accommoder, mais pour les employer, mélangés à la tourbe, en guise de combustible. Une autre récolte presque aussi singulière, que l’on fait également dans l’île, est celle du goémon comestible, qui croît avec abondance au pied des rochers. On se contente, pour toute préparation, de le faire sécher, et on le mange tel quel. En dépit de la forte odeur de thé et de tabac mélangés qu’exhale cette herbe marine, j’ai eu la curiosité d’en faire l’essai, et je l’ai trouvée aussi désagréable au goût qu’à l’odorat.

A l’approche du canot qui nous amenait à terre, les oiseaux s’enfuyaient, abandonnant sur les aspérités des rochers leurs petits, encore incapables de les suivre, et dont nos hommes s’emparaient à la main sans difficulté. Sur le côté inaccessible des falaises, nous apercevions parfois à une grande hauteur des crevasses naturelles, fermées par un petit mur de pierres sèches évidemment fait de main d’homme, sans pouvoir nous rendre compte du but de cette construction et des moyens employés pour l’édifier. Nous apprîmes par la suite qu’on y mettait sécher le poisson à l’abri de l’atteinte des mouches, qui ne s’élèvent jamais aussi haut. Quant au mode de construction, un Islandais, gravissant la falaise du côté du