Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/788

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apparaissent chez les espèces qui mettent au monde une progéniture faible et sans défense. A des jeunes qui périraient dans l’abandon, il faut les soins et la protection de mères ou de nourrices ; alors se constitue la famille. Pour assurer le sort d’une postérité plus ou moins nombreuse, les parens ou des ouvriers habiles à exécuter des travaux considérables montrent des aptitudes surprenantes, des instincts merveilleux, une intelligence et un sentiment admirables. Ces gentils oiseaux, pinsons, mésanges, hirondelles, fauvettes, bergeronnettes, font des nids charmans pour recevoir des nouveau-nés incapables de vivre sans des soins permanens ; ils nous ravissent par une foule d’agrémens. Les gracieuses créatures possèdent une multitude de perfections qui manquent absolument aux canards et aux gallinacés si brillans par le plumage, — ces derniers n’ont guère à se préoccuper de poussins assez forts dès l’éclosion pour courir et chercher leur nourriture [1]. La règle est toute semblable parmi les insectes. Le papillon, dont la chenille vit d’une façon indépendante, voltige sans souci d’aucun genre ; l’hyménoptère, qui donne naissance à des larves presque inertes, est industrieux. Si la mère est d’une telle fécondité qu’elle se trouverait dans l’impossibilité de satisfaire aux exigences de sa nombreuse progéniture, des individus stériles sont appelés à remplir les devoirs maternels. Ainsi les guêpes et les abeilles forment ces immenses sociétés qui étonnent par la grandeur des travaux. Par la variété des ressources qu’elles mettent en œuvre, plus extraordinaires encore sont les fourmis. Nulle part dans le monde des insectes, on ne pourrait étudier avec un égal profit les phénomènes de l’ordre psychologique. Nous avons appris depuis peu beaucoup de choses nouvelles sur les fourmis.


I

A peu près en tout pays, les fourmis s’emparent d’une partie du sol. Peuples barbares et gens civilisés remarquent ces insectes, qui donnent l’exemple du travail et de l’association. Longtemps néanmoins les fourmis déjouèrent la perspicacité des investigateurs. Au milieu de la foule des individus sans ailes, on avait observé des individus ailés, mais la nature et le rôle de ces différentes créatures restaient ignorés. Au XVIIe siècle, un homme habile, Swammerdam, découvrit, par des dissections délicates, que les individus ailés sont les mâles et les femelles, les autres des femelles stériles, des neutres, les ouvrières enfin qui seules pourvoient à tous les

  1. Voyez, dans la Revue du 1er mars 1870, les Conditions de la vie chez les êtres animés.