Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/813

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D’ordinaire les ouvertures, petites et nombreuses, restent closes, au moins pendant le jour ; d’étroits vestibules convergent pour aboutir à une vaste galerie d’une construction parfaite.

Lorsque les bandes d’œcodomes reviennent de la cueillette, on croirait une multitude de feuilles animées en marche ; le spectacle est d’une originalité sans pareille. En certains endroits peu éloignés des nids, les morceaux de feuille sont déposés en tas sur le sol ; tous, déforme circulaire, ont la dimension d’une petite pièce de monnaie. Découvre-t-on un de ces amas parfois très considérables que les œcodomes, sans souci des voleurs, ne prennent point la peine de garder, le lendemain on trouvera la place nette. Les ingénieuses bêtes réunissent d’abord les matériaux, elles les portent ensuite sur les lieux où ils doivent être mis en œuvre ; nulle part on n’agit avec plus de méthode. Ce sont surtout les jeunes arbres que les saübas dépouillent de leur feuillage ; elles s’attaquent bien aux essences indigènes, mais elles paraissent préférer singulièrement les arbres ou arbustes importés ; c’est ainsi que les malheureuses mettent en état pitoyable les plantations de caféiers et d’orangers.

Voyons donc ce que les œcodomes fabriquent des morceaux de feuilles si artistement taillés ; à force de temps et d’assiduité, M. Walter Bâtes est parvenu à le découvrir et à surprendre les ouvrières au travail. Les fragmens de feuilles sont employés pour la construction de ces énormes dômes qui protègent les souterrains ; interposés entre des couches de granules de terre, ils rendent la voûte à peu près imperméable. N’est-il pas inouï le soin de ces bêtes, paraissant comprendre qu’une toiture simplement faite de terre ne résisterait pas aux pluies torrentielles des régions tropicales ? Des ouvrières apportent les pièces qu’elles prennent au dépôt et les jettent sur le monticule ; d’autres ouvrières s’en emparent, les mettent en position, les couvrent de grains de terre qu’elles vont chercher au fond du trou. Ce partage du travail ne laisse vraiment rien à désirer. Les demeures peuvent s’étendre sous le sol d’une façon incroyable. N’assure-t-on pas que, dans la province de Rio-Janeiro, des saübas creusèrent un nid sous la rivière Parahyba ? Au jardin botanique de Para, le directeur, essayant de détruire un nid, alluma des feux près des ouvertures principales et introduisit à l’intérieur de la vapeur de soufre : on vit de la fumée sortir par un orifice situé à une distance de plus de 65 mètres.

Exécrées à cause des dégâts qu’elles commettent sur les plantations, les saübas sont encore accusées de venir la nuit dans les maisons comme des brigands soustraire le manioc et d’autres provisions de bouche. A ce sujet on raconte une foule d’histoires extraordinaires. L’explorateur de la vallée de l’Amazone craignait d’y