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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



30 avril 1875.

Les étrangers qui accusent volontiers les Français d’ignorance et de légèreté commettent souvent eux-mêmes de singulières méprises dans leurs jugemens sur notre pays. Évidemment ils en sont restés à des impressions d’un autre temps. Ils ont l’air de croire à une France agitée, inquiète, livrée tout entière aux passions de partis ou dévorée d’impatiences vengeresses, toujours prête à se jeter dans la révolution ou dans la guerre. Ils ne peuvent se figurer une France tranquille, assez indifférente à toutes les excitations dont on l’assourdit, modeste et recueillie dans sa vie de labeur, résolument attachée à ses affaires, — la vraie France en un mot, telle qu’elle existe aujourd’hui, telle que les événemens l’ont faite.

Cette France nouvelle, beaucoup d’étrangers ne la connaissent pas, ils la voient de loin, ils continuent à la juger sur la foi des faux bruits, des témoignages intéressés ou des correspondances de fantaisie, en lui attribuant toute sorte d’intentions et de préméditations. Si ceux qui parlent légèrement de notre pays l’étudiaient un peu plus en toute sincérité et sans parti-pris, ils s’apercevraient bien vite qu’une métamorphose profonde s’accomplit depuis quelques années, que jamais la France n’a été moins disposée à courir les aventures, — pas plus les aventures de révolution que les aventures de guerre, — qu’il n’y a en définitive qu’une nation éprouvée cherchant uniquement la sécurité intérieure et la paix extérieure. Oui, avec un peu d’équité et de clairvoyance, les étrangers qui n’ont point de rôle dans les hautes comédies diplomatiques démêleraient la vraie nature du travail qui se poursuit en France, et ils comprendraient que dans cette reconstitution intérieure que tout rend laborieuse, dans cette réorganisation de nos forces qu’on se plaît parfois à dénaturer, il n’y a rien qui ne soit une garantie pour les intérêts de l’Europe, pour la paix du monde. On peut vraiment être fort tranquille ; les visiteurs, princes ou simples touristes, peuvent venir à Paris, ils ne rencontreront pas sur leur chemin ces masses de cavalerie que les lynx