Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/283

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côté pour entraîner définitivement la victoire, masse derrière Dunker-Church toute la division Slocum et se prépare à attaquer vigoureusement l’aile gauche confédérée. Il est une heure. Les divisions de French et de Richardson, sans quitter leurs positions, occupent l’ennemi par une vive fusillade au milieu de laquelle le second de ces deux généraux tombe mortellement frappé : perte cruelle à cette heure surtout, car, malgré ses manières un peu rudes, Richardson savait se faire aimer des soldats, et son courage intrépide les entraînait au moment difficile. L’appui de l’artillerie manque de ce côté, où quelques pièces seulement ont réussi à se mettre en batterie. Plus à gauche, le feu de Pleasonton a permis à Porter de s’emparer du pont de la route de Keedysville et d’y faire passer six bataillons d’infanterie régulière, qui viennent soutenir les batteries de la division de cavalerie. Burnside, pressé de nouveau par Mac-Clellan, qui a envoyé près de lui un officier supérieur chargé de veiller à la stricte exécution de ses ordres, sort enfin de son inaction. Nous insistons sur ce retard, non-seulement parce qu’il fit perdre à Mac-Clellan tous les fruits de sa victoire, mais surtout parce qu’il peint les difficultés que, dans ces armées improvisées, un général en chef rencontrait pour faire réussir ses combinaisons : exemple d’autant plus frappant que Burnside était un ami personnel de Mac-Clellan, un officier très brave, loyal, et qui avait même montré à Roanoke une véritable capacité militaire.

C’est donc vers une heure qu’il se décida enfin à faire un grand effort pour enlever les passages de l’Antietam. Le pont était dominé, du côté de la rive confédérée, par une pente sur laquelle des murs de clôture parallèles formaient pour ses défenseurs d’excellens parapets. Le feu de toute l’artillerie de Longstreet était concentré sur ce point : les attaques partielles faites pour en forcer le passage avaient invariablement échoué ; lorsqu’enfin Burnside fit avancer à la fois les quatre beaux régimens du général Ferrero, soutenus par des forces considérables, la petite brigade confédérée de Toombs ne put leur résister. Les assaillans laissent 200 hommes sur le carreau, mais le pont est enlevé et le passage ouvert. Au même moment, la division Rodman traverse l’Antietam à un gué qui vient d’être découvert plus bas, et le 9e corps, dirigé par Cox et Burnside, qui s’exposent vaillamment tous les deux, occupe les hauteurs sur lesquelles la route de Rohrersville s’élève entre Sharpsburg et la rivière. Il n’y a plus qu’à avancer pour tirer parti de ce succès. Si Franklin à droite, Porter au centre, Burnside à gauche attaquent à la fois l’ennemi, celui-ci sera poussé dans Sharpsburg, et son désastre sera complet ; mais en cet instant critique l’esprit de décision manque aux chefs fédéraux. Burnside s’arrête pour reformer sa ligne et pour faire passer la rivière au