Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/346

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mouvement nutritif comprend deux opérations distinctes, mais connexes et inséparables : l’une par laquelle la matière inorganique est fixée ou incorporée aux tissus vivans comme partie intégrante, l’autre par laquelle elle s’en sépare et les abandonne. Ce double mouvement incessant n’est en définitive qu’une alternative perpétuelle de vie et de mort, c’est-à-dire de destruction et de renaissance des parties constituantes de l’organisme. Les vitalistes n’ont point compris la nutrition. Les uns, imbus de l’idée que la vie a pour essence de résister à la mort, c’est-à-dire aux forces physiques et chimiques, devaient croire naturellement que l’être vivant, arrivé à son plein développement, n’avait plus qu’à se maintenir dans l’équilibre le plus stable possible en neutralisant l’influence destructive des agens extérieurs ; les autres, comprenant mieux le phénomène et appréciant la perpétuelle mutation de l’organisme, ont refusé d’admettre que ce mouvement de rénovation moléculaire fût produit par les forces générales de la nature, et ils l’ont attribué à une force vitale. Ni les uns ni les autres n’ont vu que c’était précisément la destruction organique, opérée sous l’influence des forces physiques et chimiques générales, qui provoque le mouvement incessant d’échange et devient ainsi la cause de la réorganisation.

Les actes de destruction organique ou de désorganisation se révèlent immédiatement à nous ; les signes en sont évidens, ils éclatent au dehors et se répètent à chaque manifestation vitale. Les actes d’assimilation ou d’organisation au contraire restent tout intérieurs et n’ont presque point d’expression phénoménale ; ils président à une synthèse organique qui rassemble d’une manière silencieuse et cachée les matériaux qui seront dépensés plus tard dans les manifestations bruyantes de la vie. C’est une vérité bien remarquable et bien essentielle à saisir que ces deux phases du circulus nutritif se traduisent si différemment, l’organisation restant latente et la désorganisation ayant pour signe sensible tous les phénomènes de la vie. Ici l’apparence nous trompe, comme presque toujours ; ce que nous appelons phénomène de vie est au fond un phénomène de mort organique.

Les deux facteurs de la nutrition sont donc l’assimilation et la désassimilation, autrement dit l’organisation et la désorganisation. La désassimilation accompagne toujours la manifestation vitale. Quand chez l’homme et chez l’animal un mouvement survient, une partie de la substance active du muscle se détruit et se brûle ; quand la sensibilité et la volonté se manifestent, les nerfs s’usent, quand la pensée s’exerce, le cerveau se consume, etc. On peut ainsi dire que jamais la même matière ne sert deux fois à la vie. Lorsqu’un acte est accompli, la parcelle de matière vivante qui a servi