Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/347

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à le produire n’est plus. Si le phénomène reparaît, c’est une matière nouvelle qui lui a prêté son concours. L’usure moléculaire est toujours proportionnée à l’intensité des manifestations vitales. L’altération matérielle est d’autant plus profonde ou considérable que la vie se montre plus active. La désassimilation rejette de la profondeur de l’organisme des substances d’autant plus oxydées par la combustion vitale que le fonctionnement des organes a été plus énergique. Ces oxydations ou combustions engendrent la chaleur animale, donnent naissance à l’acide carbonique qui s’exhale par le poumon, et à différens produits qui s’éliminent par les autres émonctoires de l’économie. Le corps s’use, éprouve une consomption et une perte de poids qui traduisent et mesurent l’intensité de ses fonctions. Partout, en un mot, la destruction physico-chimique est unie à l’activité fonctionnelle, et nous pouvons regarder comme un axiome physiologique la proposition suivante : toute manifestation d’un phénomène dans l’être vivant est nécessairement liée à une destruction organique.

Une telle loi, qui enchaîne le phénomène qui se produit à la matière qui se détruit, ou, pour mieux dire, à la substance qui se transforme, n’a rien qui soit spécial au monde vivant ; la nature physique obéit à la même règle.

Un être vivant qui est dans la plénitude de son activité fonctionnelle ne nous manifeste donc pas l’énergie plus grande d’une force vitale mystérieuse ; il nous offre simplement dans son organisme la pleine activité des phénomènes chimiques de combustion et de destruction organique. Quand Cuvier nous dépeint la vie s’épanouissant dans le corps d’une jeune femme, il a tort de croire avec les vitalistes que les forces ou les propriétés physiques et chimiques sont alors domptées ou maintenues par la force vitale. Au contraire, toutes les forces physiques sont déchaînées, l’organisme brûle et se consume plus vivement, et c’est pour cela même que la vie brille de tout son éclat.

Stahl a dit avec raison que les phénomènes physiques et chimiques détruisent le corps vivant et le conduisent à la mort ; mais la vérité lui a échappé pour ne pas avoir vu que les phénomènes de destruction vitale sont eux-mêmes les instigateurs et les précurseurs de la rénovation matérielle qui se dérobe à nos yeux dans l’intimité des tissus. En même temps en effet que les phénomènes de combustion se traduisent avec éclat par les manifestations vitales extérieures, le processus formatif s’opère dans le silence de la vie végétative. Il n’a d’autre expression que lui-même, c’est-à-dire qu’il ne se révèle que par l’organisation et la réparation de l’édifice vivant. On a dès l’antiquité comparé la vie à un flambeau. Cette