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« — Qui est là ?

« — C’est moi, adieu !

« — Tu pars déjà ?

« — Oui, adieu ! — Et il me prit le bras. — Écoute, continua-t-il, si demain, comme on l’attend, il y a une bataille, et si nous nous rencontrons…

« — Je sais, nous sommes amis.

« — Bien ; nous nous embrassons et nous continuons à nous battre, chacun de notre côté. Moi, je mourrai sûrement, car je ne veux pas quitter la place avant de m’être vengé du colonel. Quant à toi, Basile, ne t’expose pas trop. La gloire, vois-tu, c’est fumée.

« — Et la vie ?

« — Oui, tu as raison, deviens commandant, reprit Raymond en haussant la voix ; la solde, voilà qui est plus sérieux,… du rhum, du tabac, de belles filles… Hélas ! tout est bien fini pour moi.

« — Grand Dieu ! quelle idée as-tu donc, lui dis-je tout bouleversé. Nous nous sommes déjà tous deux tirés de plus d’un mauvais pas.

« — Eh bien ! fixons-nous un lieu où nous retrouver après le combat.

« — Où tu voudras.

« — Dans l’ermitage de Saint-Nicolas, à une heure de la nuit ; celui qui n’y sera pas, c’est qu’il n’aura pu, c’est qu’il sera mort. Est-ce convenu ?

« — Parfaitement. Adieu donc.

« — Adieu.

« Nous nous jetâmes dans les bras l’un de l’autre, puis Raymond disparut dans les ténèbres de la nuit.

« Comme nous le craignions ou plutôt comme nous l’avions prévu, les rebelles nous attaquèrent le lendemain. L’action fut chaude et dura depuis trois heures de l’après-midi jusqu’au soir. Une seule fois dans la mêlée je pus apercevoir mon ami Raymond ; sa tête était coiffée du petit béret carliste ; on l’avait déjà nommé commandant, il avait tué notre colonel. Quant à moi, je n’eus pas autant de bonheur, je fus fait prisonnier par l’ennemi.

« C’était une heure du matin, l’heure de mon rendez-vous avec Raymond. Je me trouvais enfermé dans une chambre qui nous servait de prison, au milieu d’un petit village occupé alors par les carlistes. Je m’informai de Raymond.

« — C’est un vaillant, me répondit-on, il a tué un colonel, mais il doit être mort.

« — Comment cela ?

« — Eh oui, il n’est pas encore revenu.

« Oh ! je souffris bien cette nuit ! Une espérance me restait