Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/460

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immensités rien ne gêne la circulation des vents. Ce sont les vents ici, bien plutôt que les saisons, qui règlent les mouvemens du thermomètre, et la force motrice qu’ils possèdent est accusée par les déplacemens violens des eaux du grand estuaire de la Plata.

La salubrité de toute la portion de l’Amérique méridionale située en dehors des tropiques résulte des témoignages les plus divers. Il en est déjà question dans les Lettres édifiantes des pères jésuites des XVIIe et XVIIIe siècles. « Nous sommes arrivés ici à travers mille dangers, écrit le père Chomé de Corrientes ; nous subissons les plus dures épreuves, couchant sur la terre nue, à l’ardeur du soleil comme à la fraîcheur des nuits. Cependant nous sommes arrivés en bonne santé. Nos pères, malgré leurs fatigues, parviennent ici à un âge très avancé. Il y a à Corrientes bon nombre de ces saints vieillards dont la vieillesse est si grande qu’on est obligé de les porter à l’église et de les rapporter. » Cette longévité est en effet un des traits caractéristiques des indigènes de ces heureuses contrées. Sans parler d’une négresse qui est morte à Cordova vers la fin du siècle dernier à l’âge de cent quatre-vingts ans, Dobrizhoffer cite des hommes dépassant la centaine qui « montent des chevaux fougueux comme des enfans de douze ans, » et il ajoute que les femmes vivent encore plus longtemps que les hommes, n’étant pas tuées à la guerre. Les fièvres sont extrêmement rares dans cette partie de l’Amérique, même sur des points où les eaux stagnantes, les lagunes et les marais sont répandus, enfin dans des localités dont la température annuelle est très supérieure à celle du midi de l’Europe et même d’Alger. D’après Martin de Moussy, dans ces régions, l’Européen n’est exposé à aucune de ces maladies qui rendent si dangereux les premiers temps du séjour dans les contrées tropicales, et les travaux de défrichement ne produisent pas ces fièvres si graves qui accompagnent ailleurs les premiers essais d’agriculture. Le tempérament des immigrans se modifie fort peu, on n’y subit pas l’effet qu’amène à la longue le séjour de la zone torride : ils ne pâlissent point, ne brunissent que légèrement, et conservent la plénitude de leurs forces. La salubrité des provinces argentines, résultat d’un climat maritime à courans atmosphériques constans et puissans, va de pair avec une fertilité sans égale ; on sait quelle est la richesse des pampas en bétail de toute aorte. Aussi l’immigration y porte des flots chaque jour plus épais de population. Malheureusement l’extension de la grande ville européenne sous ces basses latitudes y a créé la malaria urbaine et développé sur les côtes des foyers d’insalubrité.

L’importance capitale du rôle dévolu aux vents comme purificateurs de l’atmosphère devient surtout sensible par les contrastes que présentent des régions placées en apparence dans des conditions climatériques tout à fait semblables. De part et d’autre, on trouve les pluies