Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/461

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tropicales, les forêts vierges aux arbres enserrés par des réseaux de lianes, un humus épais enrichi par les débris des vieux troncs et des plantes herbacées, un soleil assez ardent pour faire mûrir le café, le sucre et le cacao, et pourtant d’un côté règnent les fièvres et le choléra, comme sur les îles et les côtes de la mer des Antilles, tandis que de l’autre on a le climat délicieux et vivifiant des îles de la mer du Sud, telles que les Viti, Tonga-Tabou, Taïti, les Samoa, etc. « Là, dit M. Pauly, comme dans les pays les plus sains de l’Europe, l’immigrant européen n’a rien à redouter du climat ni du sol : il peut défricher la terre et travailler de ses propres bras sans avoir besoin de recourir au travail de l’esclave ou des coulies, ainsi qu’il est forcé par le climat de le faire aux Antilles. Là, au lien de perdre rapidement ses forces et de se sentir dominé par une atmosphère intoxicante, l’Européen se sent vivre avec bonheur dans un air éminemment salubre, et là sa santé ne dépend plus que de sa conduite et de sa valeur morale. »

La salubrité exceptionnelle de la plupart de ces îles est d’ailleurs attestée par la facilité avec laquelle les animaux domestiques importés d’Europe y multiplient. On peut affirmer que rien ne témoigne d’une manière aussi décisive en faveur du climat d’un pays chaud que la prospérité des animaux domestiques en général, et en particulier des races bovines, des moutons et des chevaux. Ces animaux, dont l’existence est liée si intimement à la fortune des sociétés humaines, ne réussissent bien que dans les pays sains. Là oui des troupeaux de bœufs se multiplient avec rapidité en conservant une peau fine, luisante, une grande agilité des mouvemens, on peut être certain que la malaria n’existe pas. Dans les Sunderbunds des bouches du Gange, au delta du Niger, sur les côtes du Choco dans la Nouvelle-Grenade, à Chagres, Carthagène, les races bovines n’apparaissent plus qu’en échantillons clair-semés et dans un état déplorable. Au contraire, aux îles Sandwich, il a suffi de laisser quelques couples de bœufs et de chevaux errer dans les savanes de la Grande-Havaï pour y créer des troupeaux considérables, qui constituent aujourd’hui une très grande richesse pour ces îles, et qui rivalisent avec ceux des pampas de la Plata. Ces troupeaux vivent sur les savanes herbeuses qui couvrent une grande partie des Sandwich, des Mariannes, des Carolines, de la Nouvelle-Calédonie, et ces savanes elles-mêmes naissent sous l’influence des vents alizés, Ce sont ces courans constans qui apportent dans ces parages cet air à la fois humide, frais et stimulant qui crée les prairies. Dans les pays tropicaux où les alizés sont intermittens et coupés par des calmes, la forêt vierge est épaisse et l’air croupissant : c’est ce qui se voit sur les côtes du Brésil où la Serra-do-Mar arrête les brises du large et empêche la ventilation du pays. Là où l’alizé passe, librement, on voit la forêt s’éclaircir ; l’air et la lumière pénètrent dans les massifs, la savane herbeuse apparaît, la vie animale