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descendans de ceux qui avaient porté la cocarde blanche, insigne des Stuarts, évitèrent de rappeler des événemens où leurs ancêtres avaient souffert. Au fond de leurs cœurs murmurait encore l’écho d’une foi vague qui leur disait que la catastrophe n’était pas accomplie ; ils pensaient par momens que le proverbe gaélique avait raison : « le droit surmontera les rochers » (theid duthchas an aghaidt non crag).

Les générations passèrent, et l’apaisement se fit. Quand celui qui devint l’écrivain le plus populaire de l’Europe, Walter Scott, publia son livre de Waverley, ce fut une sorte de révélation. En peignant avec les couleurs les plus vives un passé évanoui, il montrait toute la distance qui en séparait le présent. Le mystère cessait, le danger s’était évanoui. Les souvenirs de colère n’étaient plus que de poétiques souvenirs ; les derniers efforts des Stuarts, leurs aventures romanesques, devinrent un champ fertile pour les historiens et les romanciers. Le gouvernement ouvrit ses archives, les particuliers suivirent son exemple. Les papiers de famille des Athol, des Forbes, des Marchmont, des Lockart, furent publiés successivement par des sociétés littéraires. Les rapports secrets des espions qui entouraient les Stuarts, tous les documens relatifs à la bataille de Culloden furent mis au jour. Il semble d’abord difficile de se retrouver au milieu de ces assertions contradictoires, de ces récits passionnés, trop souvent remplis de mensonges. La haine du faible contre le fort, la colère du pouvoir outragé par la révolte, méconnaissent trop souvent la vérité. Les documens écossais sont remplis d’accusations contre les Anglais, tandis que ceux-ci témoignent à leurs rivaux un mépris insultant. L’impartialité nous est devenue facile. Rien de plus douloureux que la destinée de ces familles exilées, innocentes des fautes du passé, qui en portent le poids et l’amertume. On serait tenté de croire, en voyant leur agonie, à l’injustice de la Providence ; mais en toute chose sachons ce qui est vrai. Il ne sert pas de se voiler l’esprit pour ne pas voir la réalité, car cela ne l’empêche pas d’être. Nous n’admettons plus les victimes expiatoires destinées à souffrir et à périr, nous demandons aux hommes quelle était leur valeur, quelle fut leur volonté ; notre absolution est pour ceux qui ont courageusement supporté le poids du jour et n’ont pas plié sous le poids des grands devoirs et des lourdes destinées.


I

L’hérédité naturelle, celle du corps et de l’âme, établit une solidarité entre chaque individu et ses ancêtres. Parmi les Stuarts, cette hérédité est frappante ; les mêmes qualités, les mêmes défauts