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titre de secrétaire d’état ; il s’en démit bruyamment, se plaignant d’une ingratitude qu’il ne croyait pas mériter.

L’un des membres les plus distingués de l’épiscopat anglais, Atterbury, évêque de Rochester, qui, à la mort de la reine Anne, avait voulu proclamer Jacques et souffrait pour lui les peines de l’exil, fut écarté, humilié ; il mourut à Avignon, non sans des reproches amers. Enfin la vieille princesse des Ursins, qui, après avoir gouverné l’Espagne sous la première femme de Philippe V et en avoir été chassée, s’était retirée à Rome, achevait de tout brouiller. Il ne fut pas difficile de séparer les deux époux. Devant l’influence croissante des favoris et des favorites, Clémentine se retira dans un couvent où elle acheva sa vie désolée. Une année avant de mourir, elle écrivait à l’une de ses parentes : « Lassé et malheureuse, je succombe sous le poids. » Elle n’avait que trente-trois ans.

Jacques, lui, vécut de longues années. Il fut de tous les princes de sa maison celui qui atteignit la vieillesse la plus avancée ; il mourut en 1766 à l’âge de soixante-dix-huit ans. Irascible, mesquin, égoïste, il ne sut jamais dominer les circonstances ni en profiter. Il découragea tous ses partisans en voulant rester inébranlable dans un principe idéal qui n’avait plus d’application, et qui, pour comble de malheur, ne sut créer chez lui ni le courage ni la vertu.


III

Il est rare qu’une grande cause ait le succès de mode auquel l’absurde et le faux arrivent souvent, si elle n’est représentée par quelque personnalité sympathique. Le médiocre chevalier de Saint-George eût enterré sans honneur la vieille dynastie pour laquelle tant d’âmes dévouées avaient souffert. Grâce à son fils, ces nobles victimes eurent dans l’histoire et la légende une vie et une voix. Charles-Edouard, né le 30 décembre 1720, était à tous égards l’inverse de son père. Beau et bien fait, d’une taille élancée, il excellait à tous les exercices du corps. Chasseur intrépide, marcheur infatigable, il semblait né pour les entreprises hasardeuses. Son abord était saisissant. Au lieu de porter une perruque, selon la mode du temps, il laissait flotter librement ses beaux cheveux bouclés. Dans sa jeunesse, la noblesse de son maintien, la grâce de ses manières, lui donnaient un charme inexprimable. Il possédait encore le talent, si rare dans sa caste, d’adapter sa conversation aux goûts et aux intérêts de ses interlocuteurs. Tous ces dons n’avaient malheureusement pas été cultivés par une éducation solide. Son gouverneur, sir Thomas Sheridan, appartenait à une famille distinguée d’Irlandais poussant leurs croyances catholiques jusqu’au fanatisme le plus exalté.