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maréchal de France, il s’appelait Mac-Donald. Son éducation l’élevait au-dessus de ses pairs. Destiné à devenir prêtre, il s’était formé au collège de Saint-Omer, y avait appris le latin, le français, l’anglais, sans oublier son idiome gaélique que le prince ne parlait pas. Mac-Donald devint son interprète, son secrétaire, se rendit indispensable. Sept chefs, qu’on appela « les sept hommes de Moidart, » du nom d’une de leurs premières étapes, commencèrent sa périlleuse entreprise. Ils se hâtèrent d’envoyer des lettres à d’autres chefs. Tous ne répondirent pas à l’appel ; mais ceux qui arrivèrent et qui virent le prince subirent la fascination qu’il savait exercer. Les armes et le peu d’argent qu’il avait apportés furent déchargés et distribués à la petite troupe. Charles fit ses adieux à la Doutelle, remettant au commandant Walsh une lettre pour celui qu’il appelait le roi Jacques à Rome. Il promit à Walsh le titre de comte. « De braves gens viennent me rejoindre, écrivait-il, je m’y étais attendu. Comme je n’ai pas encore déployé mon étendard, je n’en saurais dire le nombre. Quoi qu’il arrive, nous gagnerons un immortel honneur en faisant ce que nous pouvons pour délivrer notre pays, pour ramener notre maître, ou en périssant les armes à la main. »

Malgré la difficulté des communications, le gouvernement établi ne pouvait ignorer longtemps de pareilles menées. On surveilla, on arrêta plusieurs jacobites, en particulier l’un des plus importans, le duc de Perth ; mais il réussit à s’évader et à rejoindre le prétendant. Ces mesures hâtèrent l’explosion : avant le jour fixé par Charles-Edouard la guerre civile éclata.

Le succès couronna les premiers efforts des insurgés. Devant les attaques furieuses, devant les hurlemens sauvages des Écossais, les troupes régulières étaient saisies d’une sorte de panique et s’enfuyaient. Sir John Cope, qui commandait les forces anglaises le plus maladroitement du monde, ne sut pas arrêter les progrès du prétendant. L’armée écossaise, grossissant à vue d’œil, arriva devant Edimbourg ; une surprise habilement ménagée en ouvrit les portes, la citadelle seule resta au pouvoir des troupes du roi George. C’était là un succès moral plus considérable que la conquête en elle-même. La royauté de Jacques VIII y fut proclamée. Dans son palais de Holyrood, où le prince tint sa cour, il put croire à une restauration durable. Il donna des banquets et des fêtes pendant que la garnison de la citadelle lançait quelques boulets inoffensifs. La honteuse conduite des troupes régulières devant ses bandes lui faisait croire que l’armée refusait de se battre contre son roi légitime, et en fuyant devant lui le reconnaissait.

Malheureusement le succès mit la désunion entre les chefs. Les deux principaux, le duc de Perth et lord George Murray, se trouvaient en rivalité constante. Le duc appartenait à l’une des familles