Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/643

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de l’Oise à propos du régime des cours d’eau. MM. Dausse et Belgrand, par les nombreuses expériences qu’ils ont faites dans le bassin de la Seine, ont constaté que les pluies tombées pendant les mois chauds, c’est-à-dire de mai à octobre, s’évaporent en grande partie, et n’ont qu’une influence restreinte sur le régime des cours d’eau, tandis que les pluies de la saison froide pénètrent dans les couches inférieures du sol, et contribuent presque exclusivement à l’alimentation des rivières. Lors donc que la saison froide est pluvieuse, on peut affirmer que les cours d’eau seront pourvus pendant toute l’année, quand même l’été serait sec ; si au contraire la saison froide est sèche, les cours d’eau baisseront, lors même que l’été serait humide. S’appuyant sur cette loi, la commission météorologique, ayant remarqué que du 1er novembre 1873 au 30 avril 1874 il n’était tombé dans le département de l’Oise qu’une quantité de pluie de beaucoup inférieure à la moyenne, — 0m,17 au lieu de 0m,26, — a pu faire connaître par les journaux locaux que pendant l’été les cours d’eau seraient très bas. Grâce à cet avis, un grand nombre d’industriels ont pris leurs mesures à temps, et ont eu recours à la vapeur pour remplacer la force motrice qui leur faisait défaut. On voit par là ce qu’on pourrait attendre, non plus seulement au point de vue scientifique, mais au point de vue pratiquer d’un service météorologique bien organisé.


II

Nous venons d’exposer brièvement les lois qui règlent les mouvemens généraux de l’atmosphère ; mais l’action de ces lois se modifie suivant les circonstances où elles s’exercent, et l’on peut dire que, si la pluie se forme sous l’équateur, ce sont les accidens locaux qui en déterminent la chute dans nos pays. L’atmosphère est dans ce cas comme une éponge imbibée dont la moindre pression lui fait abandonner l’eau qu’elle contient. Parmi ces accidens, la présence des forêts est prépondérante, et c’est elle que nous nous proposons d’étudier ici.

L’influence des forêts sur les climats et sur la physique du globe a été très contestée ; niée par les uns, elle a été admise par les autres, sans que toutefois ceux-ci fussent d’accord sur le sens dans lequel elle s’exerce. C’est que les phénomènes par lesquels cette influence se manifeste sont complexes et souvent masqués les uns par les autres ; aussi risque-t-on de tomber dans la confusion, si l’on ne prend pas le soin de les analyser séparément. Or, en recherchant les divers modes par lesquels les forêts peuvent agir sur le climat d’un pays, nous remarquons qu’elles ont une action chimique, une action physique, une action physiologique, enfin une action