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son chemin. Et cependant au-dessus des forêts l’air était chargé d’électricité, car pendant le passage de l’orage sur les sapinières huit sapins furent foudroyés et réduits en morceaux. Cette action des forêts me paraît pouvoir être expliquée d’une manière assez simple. La grêle est due à l’évaporation très rapide que subit la pluie en traversant des couches d’air très sèches, et qui lui enlève une assez grande quantité de chaleur latente pour la congeler. Elle doit donc se former plus fréquemment dans les régions dénudées, où l’air échauffé par le sol ne contient pas d’humidité, que dans les régions boisées, où, l’air étant toujours humide, l’évaporation de la pluie se fait beaucoup plus lentement. Ces phénomènes d’ailleurs n’ont pas encore fait l’objet d’études assez suivies pour qu’il soit possible de formuler, en ce qui les concerne, aucune loi précise.

Au point de vue physiologique, les forêts puisent dans le sol une certaine quantité d’humidité ; elles en assimilent une partie dans les tissus ligneux et rejettent le surplus dans l’atmosphère par la transpiration des feuilles. Elles agissent ici dans un sens opposé à celui que nous avons d’abord constaté, et qui est au contraire la conservation de l’eau dans le sol. Il est donc utile d’examiner si ces actions n’arrivent pas à se contre-balancer. Pour ce qui est de l’eau assimilée par les tissus ligneux, elle est très peu importante par rapport à la quantité de pluie tombée. Les élémens constitutifs de l’eau, l’hydrogène et l’oxygène, entrent environ pour moitié dans la composition du bois, en sorte que, sur une production annuelle par hectare de 4 mètres cubes de bois pesant 3,200 kilogr., l’eau n’entre que pour 1,600 kilogr., chiffre insignifiant comparé aux 5 ou 6 millions de kilogr. de pluie que reçoit annuellement chaque hectare. La transpiration des feuilles réclame plus d’eau, mais on peut admettre qu’elle est proportionnelle aux surfaces herbacées des feuilles ; or un hectare de forêt de hêtre donne environ 4,600 kilogr. de feuilles desséchées, chiffre à peine égal à celui du fourrage produit par les prairies naturelles ou artificielles, d’où l’on peut conclure que les bois n’évaporent pas plus d’eau que toute autre culture. D’après les expériences faites par M. Risler, agriculteur à Calèves, ils en évaporent même beaucoup moins, car, tandis que par décimètre carré de surface foliacée la luzerne évapore par heure 0gr,46 d’eau, le chou 0gr,25, le blé 0gr,175, la pomme de terre 0gr,085, le chêne n’en évapore que 0gr,06 et le sapin 0gr,052. Ainsi, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les forêts demandent pour végéter moins d’eau que les autres plantes et n’en enlèvent au sol qu’une quantité relativement peu considérable.

Ce qui a pu faire supposer qu’il en était autrement, c’est le pouvoir asséchant que possèdent certaines essences. On a constaté par exemple que les pins dessèchent rapidement les terrains humides