Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/651

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hostiles au reboisement dans la crainte de voir diminuer l’étendue de leurs pâturages, sont revenues de leurs préventions et sollicitent elles-mêmes le reboisement des torrens qui les menacent, et chaque année les conseils-généraux, rendant justice aux efforts et au dévoûment des agens forestiers, votent des fonds pour activer l’exécution de ces travaux, qui doivent régénérer la contrée. Grâce au concours de tous, mais surtout des agens subalternes, il a été reboisé dans diverses régions, depuis 1860 jusqu’en 1868, année du dernier compte-rendu, près de 80,000 hectares dont 21,000 environ l’ont été par l’administration et 59,000 volontairement par les communes ou les particuliers propriétaires : preuve évidente que l’efficacité de ces travaux est reconnue partout, et que la loi de 1860 sur le reboisement a été un véritable bienfait.


III

Des diverses actions que nous venons d’analyser, et qui s’exercent séparément, résulte une action générale qui caractérise dans son ensemble l’influence des forêts au point de vue du climat et de la configuration physique d’une contrée. Cette influence n’est pas la même partout et varie suivant les régions, la nature du sol, les essences mêmes qui composent les massifs ; on peut néanmoins affirmer que les forêts exercent une action frigorifique très accentuée dans les pays chauds, plus faible et même nulle dans les pays froids. C’est ainsi qu’à l’époque où la Gaule était couverte de bois, la température y était beaucoup plus basse, et qu’au dire de César la plupart des fleuves, même le Rhône, gelaient assez fort pour pouvoir porter des armées. Tandis que dans les régions déboisées les pluies sont rares, mais d’une grande violence, et que, se précipitant avec fureur au fond des vallées, elles font déborder les rivières, elles sont dans les régions boisées beaucoup plus fréquentes, et grâce à l’humus qui couvre le sol, aux cimes des arbres qui empêchent l’évaporation, aux obstacles de toute nature qui arrêtent l’écoulement superficiel, aux racines qui font l’office de drains verticaux, elles pénètrent dans les couches inférieures pour reparaître plus loin sous forme de sources et de cours d’eau. Ces pluies mettent ainsi pour arriver au thalweg de la vallée un temps beaucoup plus long, et alimentent les rivières d’une façon plus régulière et plus continue qu’elles ne le font dans les terrains dénudés, où elles s’écoulent superficiellement en engorgeant le lit des ruisseaux, et les laissant ensuite à sec pendant une partie de l’année. Il semble donc que les forêts emmagasinent l’eau qui tombe et ne lui permettent de s’écouler que peu à peu ; aussi, lorsqu’elles couvrent toute une région, peut-il arriver que le sol, étant déjà