Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/693

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fixerait point. Ils préféreraient jouir dans leur pays de biens acquis dans le nôtre ; mais ceux qui ont fait fortune ne peuvent pas toujours commodément liquider, leur intérêt exige que leurs capitaux demeurent, et ils demeurent avec leurs capitaux. D’autres, sans aspirer à la richesse, ont trouvé parmi nous des moyens d’existence assurés qui deviendraient chez eux très problématiques. Quelquefois aussi des liens plus doux les retiennent ; ils sont entrés par des mariages dans des familles françaises qui les absorbent. Il ne faut pas moins que ces énergiques sollicitations de l’intérêt ou du cœur pour triompher de leur persévérant patriotisme. Même établis à demeure, la religion de la terre natale survit en eux à l’espérance de la revoir, et leur fait dédaigner des biens dont le prix est l’abandon nécessaire de leur nationalité. C’est ce dont on peut se convaincre en jetant un regard sur les statistiques de la naturalisation récemment publiées.

En décomposant la population étrangère de l’Algérie, on y trouve 71,000 Espagnols, 18,000 Italiens, 11,000 Maltais et 5,000 Allemands, qui constituent ses quatre principaux groupes ; le reste offre des représentans de tous les pays de l’Europe, des contrées d’Afrique limitrophes, de l’Asie occidentale et même de plusieurs états d’Amérique. Or les Espagnols, qui forment à eux seuls plus de la moitié de cette masse, figurent seulement pour 230 au cadre des étrangers naturalisés, les Italiens pour 611, les Maltais pour un chiffre plus petit, tandis que 510 Allemands, soit le dixième de cette collectivité, ont obtenu le titre de citoyens français. Il est même à remarquer que nombre de ces derniers, parmi lesquels des chefs de maisons très importantes, dont les capitaux en se fixant en Algérie ont enrichi notre grande colonie, ont sollicité et acquis la naturalisation pendant ou depuis la guerre de 1870. L’un d’eux est un banquier d’Oran dont on connaît le nom sur toutes les grandes places de commerce ; mais c’est surtout parmi les cultivateurs du sol que nous remarquons des naturalisations allemandes.

Les Allemands réussiraient-ils mieux en Algérie que les Espagnols ? posséderaient-ils des aptitudes colonisatrices supérieures ? On serait au premier abord tenté de le croire, et cependant il n’en est rien. Malgré de très sérieuses qualités, ces immigrans brandebourgeois, westphaliens, badois, ne peuvent se comparer sous ce rapport aux gens qui nous viennent des bords du Guadalquivir ou de la Segura. Ils ne sont ni aussi sobres, ni aussi durs à la fatigue, ni doués d’une organisation physique également appropriée à ce milieu exotique. Ils éprouvent à s’y acclimater des difficultés inconnues à des populations qui retrouvent en Afrique le ciel de leur pays, dont quelques heures de navigation les séparent à peine, et