Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/719

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ment assez fort, suffisamment armé, ayant une certaine faculté d’initiative, capable d’agir au besoin avec un plein sentiment de sa responsabilité sous le contrôle toujours sérieux et libre, mais souvent silencieux des assemblées. C’est surtout et pour longtemps une nécessité de politique extérieure. Il ne s’agit pas, bien entendu, de laisser dans le vague un droit hypothétique de déclaration de guerre, qui en aucun cas évidemment ne pourrait être exercé sans le concours des pouvoirs délibérans ; mais il faut que les cabinets étrangers sachent qu’ils ont devant eux un gouvernement avec lequel ils peuvent traiter, dont la parole n’est pas sans cesse à la merci d’un conflit des partis, qui peut mettre de la suite, de la discrétion, tous les ménagemens nécessaires dans la direction des affaires, et qui en ayant une certaine liberté diplomatique est en état de répondre devant l’Europe de la sûreté de ses engagemens comme de la tranquillité intérieure du pays. Croit-on qu’on irait bien loin avec une diplomatie obligée d’accepter toutes les interpellations, de rendre compte des négociations qu’elle poursuit, des combinaisons qu’elle prépare ? Si on veut que le gouvernement ait du crédit en Europe, il ne faut pas lui refuser ce qui donne le crédit, les projets ministériels n’exagèrent certainement rien sous ce rapport. — Mais c’est la monarchie avec ses droits, ses caractères et ses prérogatives que vous représentez là, dira-t-on ; la république a ses lois, ses exigences, ses principes ou même ses susceptibilités et ses ombrages. — C’est un pur préjugé de parti, et nous oserions ajouter que c’est surtout sous la république et dans l’intérêt de la république que le gouvernement doit être fortement constitué, sérieusement conservateur. On oublie que c’est précisément par ces prétendues nécessités républicaines que la république a toujours péri ou qu’elle n’a pu réussir à se fonder, et c’est tout simple, parce qu’un pays a besoin avant tout d’ordre dans la vie intérieure, de sûreté et de crédit dans ses relations extérieures. Le jour où la république devient ce que les républicains la font trop souvent, un régime d’agitation, d’instabilité ou d’anarchie, un phénomène assez naturel se produit : l’incertitude commence, la confiance disparaît, les cabinets étrangers cessent de traiter avec des pouvoirs sans garanties, les populations s’inquiètent du lendemain, et instinctivement tous les regards cherchent un pouvoir qu’on croit réparateur, qui, par une réaction fatale, est presque toujours la dictature. C’est une histoire qui n’est point tellement vieille qu’elle n’ait un intérêt de circonstance. Les républicains qui ont commencé à discuter sur toutes ces questions dans la commission des trente doivent y réfléchir avant d’aller plus loin dans cette voie. Est-ce que la souveraineté nationale cesse d’être vivante, permanente, parce qu’elle n’est pas représentée par une de ces commissions de surveillance qui ne sont qu’un rouage inutile ou embarrassant, qui n’empêchent rien avec les gouvernemens d’aventure, et qui pour les gouvernemens honnêtes ne sont le plus souvent qu’une cause