Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/907

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banque ou de commission. Les cours de la division supérieure préparent à l’École centrale. Quand on consulte l’annuaire des anciens élèves de Turgot, on est surpris de la diversité des routes qu’ils suivent : on y trouve.des architectes, des ingénieurs, des banquiers, des professeurs de mathématiques spéciales, des instituteurs, des facteurs de la halle, sans parler des mécaniciens, des dessinateurs, des doreurs, des horlogers, des fondeurs, et toutes les innombrables spécialités de l’industrie et du commerce [1].

Tel est le modèle d’école que nos villes de province devraient s’attacher à reproduire et que la ville de Paris elle-même doit continuer à multiplier. On peut avoir confiance à cet égard dans le conseil municipal, qui a volontiers la main ouverte quand il s’agit d’instruction. Berlin, beaucoup moins riche, moins industrieux et moins populeux que Paris, possède neuf realschulen, et il en accroît le nombre en ce moment. Paris n’en a encore que cinq : à peine fondées, nos écoles municipales se sont vues remplies ; l’ardeur des élèves est telle qu’on en voit venir le malin de Sèvres, de Joinville, de Villeneuve-Saint-George. Les maîtres sont unanimes à reconnaître cet empressement pour l’étude et à constater chez les écoliers un esprit plus docile et des dispositions plus reconnaissantes que chez beaucoup de nos lycéens. La dépense qu’entraîneront de nouveaux établissemens sera considérable sans doute, mais elle ne sera pas excessive, si l’on renonce à toute idée d’internat. Il faut espérer aussi que l’on continuera de laisser aux directeurs la responsabilité du choix de leur personnel de professeurs. Un autre point non moins important, c’est que la rétribution scolaire reste modique : le prix mensuel a été porté récemment de 15 francs à 18. C’est une limite qu’il ne faudrait pas dépasser ; nous sommes déjà loin des 95 francs par an qu’on paie à Berlin : pour prendre un autre terme de comparaison, à l’école commerciale de Liverpool, dont le programme est à peu près celui de l’école Turgot, le prix annuel est de 4 livres 4 shillings.

Je terminerai par une dernière réflexion. On entend souvent dire qu’il serait utile et urgent de transformer une partie de nos lycées et le plus grand nombre de nos collèges communaux en

  1. Ces établissemens seront naturellement appelés à fournir des élèves aux écoles supérieures de commerce, qui, grâce à l’intelligent et patriotique appui de quelques citoyens, commencent à se multiplier dans nos ports de mer et dans nos grandes villes de province. Donnons ici un souvenir à l’école commerciale de Mulhouse, que ses fondateurs, MM. Siegfried, sans se laisser décourager par les événemens, ont transportée et relevée sur de nouvelles bases au Havre. Nous souhaitons, dans l’intérêt de la richesse publique et de nos relations d’outre-mer, qu’un certain nombre d’élèves des écoles Turgot prennent cette direction.