Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/962

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statistique c’est pendant les années de jeunesse, de vingt-cinq à trente-cinq ans, que les époux ont le plus d’enfans ; mais ce qui, depuis le commencement de ce siècle, parait avoir surtout exercé une désastreuse influence, c’est la loi militaire. Tous les ans 100,000 jeunes gens valides de vingt et un ans, appartenant aux classes laborieuses et pauvres, et par cela même destinés à se marier jeunes et à avoir des familles nombreuses, étaient incorporés dans l’armée, et ne pouvaient se marier qu’après sept ans. La plupart, au bout de ce temps, avaient perdu l’amour et le respect de la famille, ils avaient contracté des habitudes vicieuses qui les éloignaient du mariage. Espérons que l’application de la loi militaire nouvelle évitera ces inconvéniens. Par malheur, il faut attendre bien des années pour juger des résultats, et l’expérience ne peut se faire qu’à de longues échéances.

On a beaucoup critiqué la loi dite de Malthus, cependant Malthus n’avait fait que constater un fait trop bien établi. Plus on est riche, avait-il dit, moins on a de postérité. Peut-être n’avait-il pas tort. Quand le père dispose d’un petit capital, il veut en faire profiter ses enfans. L’héritage qui serait suffisant pour un devient dérisoire lorsqu’il y a six, ou huit, ou dix héritiers. En Angleterre, le droit d’aînesse empêche un si coupable abus. Le frère aîné hérite de toute la fortune, et tout en ayant le devoir de protéger et de secourir ses frères, dispose seul de l’héritage paternel. Enfin le système des dots, grosses ou petites, n’existe pas dans ce pays. Chacun est l’artisan de sa propre fortune, et, ceux qui ne trouvent pas sûr le sol natal le moyen de réussir vont aux Indes, au Canada ou en Australie, chercher un état et se créer une famille.

Encore une fois, c’est cette dépopulation qui menace la prospérité de la France ; il est temps que tous nos efforts se consacrent à cette question : il faut que les économistes, les médecins, les administrateurs, étudient des livres comme ceux de M. Sédillot et de M. Bertillon, qu’ils réunis sent leurs travaux et leurs recherches pour pénétrer la cause de ce mal. Peut-être pourront-ils trouver la solution d’un problème qui importe tant à la gloire et au salut de la patrie.


CHARLES RICHET.


La Lumière, six leçons faites en Amérique, par M. John Tyndall. Ouvrage traduit de l’anglais, par M. l’abbé Moigno ; Paris 1875.


Il y a trois ans, M. John Tyndall, le digne successeur de Faraday à l’Institution royale de la Grande-Bretagne, cédant enfin aux invitations de plus en plus pressantes qui lui venaient de tous les points des États-Unis, résolut de passer l’Atlantique avec un lourd bagage d’appareils ingénieusement préparés, et de faire dans les principales villes de