Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 15.djvu/599

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et de mieux conservées que celles du célèbre Krak ou Karak des chevaliers de l’Hôpital, bâti sur la crête des monts Ansariés. On doit à M. G. Rey, auteur d’un savant travail sur les Forteresses des croisés en terre-sainte, une minutieuse description de ces restes gigantesques. Du fond de cette grande place de guerre, qui devint leur propriété vers 1195, les hospitaliers devinrent rapidement si formidables, qu’ils imposèrent tribut à tous les princes musulmans du voisinage, et dominèrent toute la vallée de l’Oronte. Ce, superbe château, qui pouvait contenir des milliers de combattans, est encore aujourd’hui à peu près dans l’état où le laissèrent les chevaliers au mois d’avril 1271, lorsqu’ils furent contraints de le livrer aux troupes victorieuses du sultan Malek-ed-Daher-Bybars-el-Bendoukdar. « C’est à peine, nous dit M. Rey, si quelques créneaux manquent au couronnement de ses murailles ; c’est à peine si quelques voûtes se sont effondrées. Aussi aucune description ne peut rendre l’aspect de ces ruines immenses se dressant dans ces, sauvages solitudes ; aucun spectacle ne peut donner une plus grande idée du génie militaire et de la richesse de l’ordre qui sut élever et défendre un pareil amas de constructions. »

Citons enfin, parmi ces ruines chrétiennes qu’on admire en Syrie, celles de la Pierre-du-Désert ou Karak du Désert, de cette ville-château des seigneurs d’outre-Jourdain, lointaine résidence de l’archevêque latin de Rabbah. Bâties sur un énorme rocher, de trois côtés défendu par une immense paroi verticale, elles ont été relevées pour le duc de Luynes par MM. Mauss et Sauvaire. Le Karak du Désert était le plus grand château de cette mystérieuse seigneurie trans-jordanienne de Montréal, encore si peu connue et qui s’étendait à l’est de la Mer-Morte jusqu’au grand désert. C’était un des fiefs les plus importuns de la croisade, dangereux poste d’avant-garde, sans cesse exposé aux premières atteintes de l’invasion musulmane, placé en travers de la grande route militaire qui allait d’Égypte à Damas. Son territoire se nommait au temps des guerres saintes. « la Syrie Sobale, » et comprenait la terre de Moab et la biblique Idumée.

Ce dut être une rude et dramatique existence que celle de ces seigneurs francs perdus par-delà le lac Asphaltite, en face de l’immensité sarrasine. On n’en sait que bien peu de chose. Il semble qu’à un moment donné ils aient possédé une flotte sur la Mer-Rouge. On sait également qu’ils comptaient de nombreux bédouins parmi leurs hommes-liges. La Pierre-du-Désert leur fut enlevée dès 1188 par les troupes de Saladin. Il paraît aussi qu’ils possédèrent jusqu’en 1170, sur cette lointaine Mer-Rouge, presque fabuleuse alors, la ville d’Elyn (peut-être l’Ela d’aujourd’hui ?) ; le roi