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REVUE DES DEUX MONDES.

Il résulte de ces faits authentiques qu’un certain nombre d’historiens modernes s’abusent ou nous abusent lorsqu’ils insinuent que le saint-office a entendu condamner, non le système de Copernic, mais les interprétations théologiques qu’en donnait Galilée. Il ne s’agit ici, en aucune façon, d’interprétations théologiques. Ni le livre de Copernic, ni les lettres sur les taches du soleil ne contiennent une phrase où les saintes Écritures soient interprétées. Si Galilée a quelquefois essayé dans sa correspondance, et par respect pour la religion, de concilier les données de la science et le texte de la Bible, il n’a jamais publié ces explications : ce n’était pas sur ces documens privés et manuscrits qu’on le jugeait ; la seule pièce à sa charge était un ouvrage imprimé, d’un caractère purement scientifique, absolument étranger à la théologie. On n’éludera par aucun argument la nécessité de reconnaître qu’un tribunal de théologiens s’est fait juge d’une question scientifique et l’a résolue par voie d’autorité. Le saint-office n’interdisait pas non plus d’accepter et d’enseigner la doctrine de Copernic parce que cette doctrine n’était pas encore démontrée, comme voudraient le faire croire quelques apologistes du saint-siège : il ne permettait pas qu’on la démontrât ; d’avance il la déclarait « absurde, hérétique, contraire au texte de l’Écriture. » Telle est la vérité tout entière sur le premier procès de Galilée ; M. Dominique Berti l’expose avec une grande vigueur de dialectique. Il faut dire, à l’honneur de la critique française, qu’une grande partie de ces argumens avait déjà été développée dans un consciencieux travail de M. Trouessart, dont M. Berti ne paraît point avoir eu connaissance[1].

II.


Une fois Galilée réduit au silence par l’acte de soumission auquel il venait de se résigner, le but de l’inquisition était atteint. Aucune rigueur inutile ne suivit la première procédure. Pourvu que le condamné ne parlât plus du mouvement de la terre, la cour de Rome ne demandait pas mieux que de ménager un grand esprit un instant fourvoyé, mais dont le génie et la gloire scientifique demeuraient intacts. À la suite du procès, Galilée resta à Rome trois mois encore et fut reçu avec bienveillance par le souverain pontife. Le bruit s’étant même répandu qu’il avait été puni par le saint-office, obligé de se rétracter et de faire pénitence, il obtint du cardinal

  1. Galilée, sa mission scientifique, sa vie et son procès, Poitiers 1865. — Voyez aussi le Galilée de M. Th. Henri Martin (Paris 1868), œuvre solide et impartiale que M. Dominique Berti connaît, mais dont il ne paraît pas tenir assez de compte.