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LE PROCÈS DE GALILÉE

Bellarmin l’attestation du contraire. On s’est borné, disait le cardinal, à lui interdire de défendre et de soutenir le système de Copernic. À quoi eût-il servi de faire déchoir Galilée du rang élevé qu’il occupait dans l’opinion du monde ? Il suffisait aux projets de ses juges de lui fermer la bouche.

On crut y avoir réussi, mais on avait compté sans le besoin impérieux de propager la vérité, qui est l’essence même du génie scientifique. Galilée ne pouvait ni arracher de son esprit une croyance appuyée sur la démonstration, ni renoncer à s’en servir pour s’élever à de nouvelles découvertes, ni s’abstenir d’en parler devant ceux qui le consultaient sur leurs travaux astronomiques ou qui s’intéressaient aux siens. Dans sa retraite de Beauregard, où il s’était plus que jamais renfermé depuis son retour de Rome, il recevait, comme autrefois, de nombreuses visites inspirées presque toutes par l’amour de la science. Il demeurait le chef reconnu, admiré, du mouvement scientifique en Italie. Comment ne se serait-il pas entretenu de la proposition capitale du mouvement de la terre avec les jeunes savans qui allaient lui demander des conseils et des leçons ? Un Italien distingué nous raconte qu’ayant passé quelques jours auprès de lui, après la conclusion de son premier procès, il entendit de sa bouche l’exposition du système de Copernic, fut converti à ses idées et y convertit lui-même Campanella, alors retenu dans les prisons de Naples.

La soumission de Galilée n’était donc qu’apparente ; on put lui reprocher plus tard avec raison de n’avoir pas tenu la promesse qu’il avait faite. Il évitait néanmoins de se compromettre publiquement, et dans son premier ouvrage, le Saggiatore, modèle de savante et spirituelle ironie, il ne hasarda presque rien qui fût relatif au système de Copernic. Bientôt du reste l’élection d’un nouveau pape lui fit concevoir l’espérance que la cour de Rome pourrait se relâcher de sa rigueur. Urbain VIII, de la maison Barberini, était Florentin, ami des lettres, favorable à l’académie des Lincei et disposé à une bienveillance particulière pour Galilée, à qui, étant cardinal, il avait adressé une pièce de vers pleine d’éloges. Galilée alla le voir à Rome, obtint de lui six longues audiences, un tableau, des médailles, des Agnus Dei, une pension pour son fils, et l’entretint sans doute du grand sujet qui occupait sa pensée. On ne peut faire que des conjectures sur ce que se dirent les deux amis ; les uns prétendent qu’Urbain VIII inclinait alors vers le système de Copernic, les autres qu’il démontra au contraire à Galilée l’impossibilité de soutenir la théorie du mouvement de la terre. La vérité est qu’on n’en sait rien. Ni le pape ni le savant ne s’expliquèrent sur la nature de leurs entretiens. Peut-être même, comme nous le