Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 18.djvu/540

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été repoussées par le gouvernement autrichien, avant tout soucieux de maintenir le fragile équilibre de son dualisme intérieur. L’on peut croire qu’en dépit de certaines sollicitations l’Autriche ne songera à une occupation ou à une rectification de frontières que le jour où elle serait devancée dans cette voie par la Russie, ou verrait s’étendre à ses portes un état serbe agrandi, s’enfonçant comme un coin entre la Croatie et la Dalmatie autrichiennes.

Une occupation des provinces insurgées par des troupes chrétiennes semble à une partie de la presse russe la seule garantie sérieuse que l’on puisse obtenir de la Porte pour l’exécution de ses réformes. Le gouvernement russe, inclinerait, dit-on, vers ce point de vue. Si cela est, ce peut être la pierre d’achoppement de la paix. Certes, après les massacres de Bulgarie, trop souvent exécutés sous les yeux ou avec la connivence des nizams et des officiers turcs, il est difficile d’avoir grande confiance dans les troupes régulières de la Porte ; mais dans ces provinces, divisées entre des races ou des cultes hostiles, il faut une force armée, et si l’on récuse les Turcs, qui mettre à leur place ? Des Russes en Bulgarie, des Autrichiens en Bosnie, nous dit-on, et l’on cite comme précédent l’occupation française de Syrie après les massacres de Damas de 1860. L’exemple est mal choisi. Est-ce que les régimens français envoyés au Liban pouvaient exciter en Europe ou à Constantinople la même défiance qu’un corps d’armée russe sur le Balkan ? Si l’on veut imiter ce qui s’est fait en Syrie, il faut confier la garde des provinces slaves à une puissance assez éloignée, assez désintéressée pour qu’on ne lui puisse supposer aucune velléité d’annexion permanente.

Cette puissance, où la trouver ? Un journal russe, le Golos, je crois, a un instant mis l’Italie en avant ; des journaux anglais, le Times en particulier, ont parlé de la France. L’un ou l’autre choix serait sans inconvénient pour la Turquie ou l’Europe, mais il est peu probable que le gouvernement italien soit plus que le gouvernement français disposé à accepter les embarras et les frais d’une occupation des provinces turques. Une intervention collective avec des garnisons empruntées aux diverses puissances n’offre malheureusement guère moins de difficultés. On est ainsi obligé d’en revenir à la Russie et à l’Autriche, et quand elle se ferait en commun, simultanément et par traité, une telle occupation ne serait jamais que la coopération de la méfiance, et une sorte de prise de gage pour des éventualités qu’une telle mesure rendrait presque inévitables. L’Autriche entrée sur le territoire turc à la suite de la Russie, d’autres puissances, l’Angleterre par exemple, pourront croire utile de prendre aussi leurs sûretés, et ainsi les principaux états de l’Europe se verraient conduits à occuper sur le territoire ottoman des