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Le vent le plus violent ne saurait détacher la plante de l’arbrisseau auquel elle est attachée ; quand il éloigne la plante du rameau qui la soutient la vrille cède, les tours de l’hélice s’écartent l’un de l’autre, mais, dès que la rafale a cessé, ils se rapprochent en vertu de leur élasticité, et la plante revient à sa position primitive.

La vigne vierge a, comme on le sait, la propriété de tapisser les murs les plus élevés et les plus lisses. Cette propriété résulte de deux facultés spéciales. D’abord les vrilles se dirigent toujours naturellement vers l’obscurité, c’est-à-dire du côté du mur, puis leurs ramifications semblables à une main se terminent par de petites pelotes qui sécrètent un suc particulier ; ce suc durcit et les fait adhérer aux corps les plus polis, le stuc, le plâtre, le bois, et cela avec une force telle qu’elles peuvent alors supporter des poids d’un kilogramme et davantage.

Un dernier ordre de végétaux grimpans se compose de ceux qui adhèrent aux corps étrangers au moyen de radicelles appelées crampons. Bien différentes des vraies racines, qui ont la double fonction de fixer le végétal et d’absorber les liquides qui le nourrissent, ces crampons n’en ont qu’une seule, celle de le fixer. Le lierre commun est le type de ce genre de végétaux dont on retrouve les analogues dans les figuiers et les Bignonia. Le figuier rampant tapisse les murs d’un grand nombre de serres et adhère aux corps les plus lisses ; l’odoriférant Hoya carnosa fait de même. Dans les genres Bignonia et Tecoma, si riches en espèces grimpantes, il en est qui sont munies à la fois de vrilles foliaires et de crampons ; tel est le Tecoma Tweediana ; il en est même qui sont volubiles. Ces arbrisseaux réalisent ainsi le type le plus parfait d’une plante grimpante, puisqu’ils réunissent tous les modes qui sont isolés chez les autres : tiges volubiles, vrilles et crampons.

Dans ses remarques finales sur les plantes grimpantes, M. Darwin cherche à se rendre compte de l’origine, de la cause de ces propriétés dont un certain nombre de végétaux sont doués, tandis que la plupart des autres en semblent totalement dépourvus. Il fait d’abord observer que la plupart des familles végétales renferment des plantes grimpantes. Cette faculté n’est donc pas limitée à quelques groupes de végétaux spéciaux, tels que les cucurbitacées, les bignoniacées, les passiflorées, les convolvulacées, où l’immense majorité des plantes sont grimpantes. Cette propriété apparaît, pour ainsi dire, sporadiquement dans toutes les familles végétales, même celles des composées, des rubiacées, des liliacées, dont presque toutes les espèces ont des tiges droites et rigides. La faculté de grimper est donc inhérente aux végétaux en général, mais elle ne se manifeste que chez un certain nombre d’entre eux. Le besoin pour la plante de chercher la lumière a développé cette faculté ; ainsi nulle part les plantes grimpantes ne sont aussi communes que dans les sombres forêts de l’Amérique, où elles s’élèvent le long