Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 19.djvu/684

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Il prend le volume de M. Amiel; les poètes étrangers, dont il a entendu vanter le génie ou le talent : Goethe, Leopardi, Henri Heine, Uhland, y sont presque tous représentés par quelque fragment. Le morceau qui lui tombe d’abord sous les yeux est la Fille de l’hôtesse d’Uhland, et il lit ces vers :

Trois étudians passant par le Rhin,
Chez la brave hôtesse entrent en chemin.

« Servez-nous, hôtesse, et bière et bon vin...
Où se cache donc la perle du Rhin ? »

« — Mon vin étincelle et ma bière est d’or.
Mais du grand sommeil ma Thérèse dort. »

La première impression est une déception. Il y a, il est vrai, dans la traduction comme dans l’original, six vers coupés de même façon, et de plus, le traducteur s’est efforcé de reproduire à peu près le son des rimes jumelles; mais où est la simplicité charmante, où est le sentiment mélancolique du lied d’Uhland?


« Ce sont trois étudians qui ont passé le Rhin; — chez une hôtesse ils sont entrés. — Dame hôtesse, avez-vous bonne bière et bon vin ? — Et où est donc votre fille mignonne? — Ma bière est fraîche, mon vin est clair; — ma fille mignonne est couchée dans le cercueil. »


On le voit, il n’y a dans le texte ni Thérèse, ni Perle du Rhin, ni surtout cette pompeuse expression du grand sommeil qui détonne dans la bouche de l’hôtesse. — Si nous poursuivons et si nous arrivons aux deux derniers vers, si tendres et si émus :

Dich liebt’ ich immer, dich lieb ich noch heut,
Und werde dich lieben in Ewigkeit,


nous les trouvons traduits par ceux-ci, qui sont cependant les meilleurs du morceau ;

Je t’aimai toujours, je t’aime à présent,
Et je veux t’aimer éternellement.


C’est littéralement exact, mais la poésie s’est évaporée. La version suivante, que je trouve dans une traduction inédite, me paraît, malgré l’addition d’un vocatif, reproduire plus fidèlement le sentiment et le mouvement de cette dernière strophe :

Je t’ai toujours aimée, ô ma pâle beauté,
Je t’aime encore et pour l’éternité.


Quelques pages plus loin, je rencontre la traduction d’une pièce célèbre de Leopardi. — Dans le cadre étroit d’une courte élégie, le poète italien a exprimé avec sa sobriété coutumière un sentiment bien humain et que chacun a éprouvé : le mélancolique regret qui s’exhale