Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 19.djvu/810

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Henri IV et porter bien haut ce jeune homme, qui, tel que son aïeul, seul énergique en un siècle abâtardi, allait bravement conquérir son trône à la pointe de l’épée : par malheur pour le prétendant, la comparaison n’est pas juste. Henri IV, on le sait, renversait la marmite pour courir au feu; s’il aimait les plaisirs, il trouvait du temps pour le devoir, et son panache blanc n’était pas des derniers au chemin de l’honneur. Pour moi, s’il me fallait chercher dans nos annales un prince auquel comparer le duc de Madrid, ce n’est pas Henri de Béarn, c’est Charles de Valois, un autre Charles VII, que je choisirais, alors qu’il s’appelait « le petit roi de Bourges » et que l’héroïque exemple de Jeanne d’Arc ne l’avait pas encore réveillé de sa honteuse inaction. Comme, occupé des préparatifs d’une fête, il montrait à Lahire le palais tout resplendissant de fleurs, de tentures et de lumières, et lui demandait son avis : « Sire, lui dit le vieux guerrier d’un ton bourru, on ne pourrait perdre un royaume plus gaîment. » Don Carlos aura su perdre le sien avant même de l’avoir gagné.


III.

Si l’on sort de Pampelune du côté opposé à Estella, et qu’après avoir cheminé quelque temps en droite ligne, on remonte vers le nord, on arrive à la vallée fameuse de Roncevaux, où périrent Roland, le bon duc, Turpin, l’archevêque, et les autres pairs. A dire vrai, ce souvenir historique fait l’unique intérêt du lieu ; une vingtaine de pauvres maisons, au centre un vieux couvent crénelé, voilà le village. Quant au paysage, il n’a rien du caractère terrible que lui prêtaient fantastiquement les légendes : point de ces blocs énormes que la main des montagnards basques eût pu faire rouler sur les envahisseurs; point de défilés sauvages, de sentiers abrupts et d’abîmes sans fond. La vallée au contraire s’étend verte et tranquille; elle est tout entière cultivée en prairies; les sommets qui l’environnent offrent des pentes faciles où fleurit la bruyère, le genêt et l’ajonc; l’un d’eux, le mont Altabizcar, a donné son nom au chant héroïque, vieux déjà de près de dix siècles, par lequel les gens du pays célèbrent encore leur triomphe. Il ne m’étonne point que nos voisins d’outre-monts se glorifient de nous avoir vaincus en la personne de Charlemagne et de nos pères, les Francs; pourtant je songe qu’au-delà du Rhin le même Charlemagne, qui tant de fois battit les Saxons, est officiellement reconnu comme un empereur allemand, et puisqu’ici nous sommes associés à ses défaites, n’est-il pas singulier que là-bas nous n’ayons point le droit de revendiquer ses victoires? Au-delà de Roncevaux, suivant le col de Valcarlos, on a bien vite atteint la frontière de France : c’est par cette route