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REVUE. — CHRONIQUE.

il est bien juste que le sultan s’arrange, quand il le peut, pour être inviolable, et que le grand-vizir puisse être embarqué !

Ce qu’il y a de plus clair, c’est qu’en procédant de cette façon, le gouvernement turc donne une singulière idée de la valeur de cette garantie des institutions nouvelles qu’il présentait récemment à l’Europe comme une satisfaction si décisive. C’est encore affaire de Turquie, on s’en aperçoit. Pour rester dans le vrai cependant, il faut dire que jusqu’ici la disgrâce de Midhat-Pacha ressemble à une mésaventure personnelle plus qu’à un changement de politique. Le nouveau ministère turc, composé d’hommes plus ou moins attachés à ce qu’on appelle le système des réformes, n’a pas interrompu les négociations pour arriver à un arrangement direct avec la Serbie comme avec le Monténégro, et il n’a plus que quelques jours devant lui, puisque la prolongation d’armistice, qui a été l’acte prévoyant de la conférence, expire au 1er mars. Ces quelques jours peuvent être décisifs. Si avant le 1er mars cette paix partielle et pour ainsi dire locale avec la Serbie et le Monténégro pouvait être signée, ce serait de toute façon un événement heureux et de plus le gage favorable d’une situation simplifiée. Tous les périls ne seraient pas écartés sans doute, ce serait un conflit dénoué, un foyer d’incendie éteint. Cela équivaudrait à un commencement de victoire pour les idées de conciliation, et cette paix laisserait à l’Europe, aux puissances les plus engagées, les plus accessibles aux émotions belliqueuses, le temps de se remettre, de renouer les fils d’une négociation interrompue, de sentir le prix d’une action persévérante de la diplomatie pour arriver à un apaisement définitif ou, si l’on veut, à un arrangement tolérable en Orient. Lord Derby a eu certes raison de le dire, un mot de la Russie peut aujourd’hui ramener la question dans des limites où elle ne serait plus qu’une affaire de patience et de soin, comme aussi ce mot peut ouvrir les perspectives les plus redoutables, en ravivant des incendies à demi éteints, en étendant une lutte dont nul ne peut prévoir ni la durée, ni la gravité’, ni les conséquences pour l’Occident comme pour l’Orient.

Que faut-il conclure de cet ensemble d’une situation européenne assurément laborieuse? C’est qu’en vérité, si la diplomatie est obligée de redoubler de vigilance et d’efforts, il y aurait tout naturellement pour bien des pays, surtout pour les pays dont le rôle est le plus délicat, un devoir particulier de prudence et de mesure dans leur vie intérieure. Imagine-t-on l’effet que peut produire au dehors et même en France sur les esprits désintéressés le contraste qui éclate trop souvent entre la gravité des affaires du monde et ce puéril manège de partis, de fractions départis, de compétitions subalternes, de représailles, d’intrigues vulgaires, dont nous offrons l’inutile et fatigant spectacle? La république existe, elle a son organisation, son gouvernement, et on dirait