Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 22.djvu/881

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le plus souvent avec lui en prenant possession du portefeuille. C’est au secrétariat que les dépêches étaient reçues et envoyées, et c’est là qu’on traitait, sous les yeux du maître, les affaires plus spécialement confidentielles. — Le bureau des fonds était chargé du maniement des sommes considérables mises chaque année à la disposition du ministre ; car on ne marchandait pas l’argent à la politique étrangère sous l’ancien régime : le budget variait entre 8 millions et 9 millions de livres, non compris les consulats, non compris le versement de 1 million de livres environ que la France payait annuellement à titre de subside aux cantons helvétiques, depuis le XVIe siècle. Les mêmes employés étaient chargés en outre des questions litigieuses et des réclamations particulières, qui, devenues plus nombreuses par suite des relations plus fréquentes entre les états, ressortissent aujourd’hui à la direction du contentieux politique et commercial. — Quant au bureau des archives, le nom en indique assez les attributions : c’est à lui qu’incombait la garde du dépôt, alors absolument fermé au public, et qui sans doute n’avait pas encore subi les vols et les lacérations qu’on y a trop souvent signalés.

Pour être complet, il faut mentionner à côté du personnel officiel les agens que des liens non moins solides, mais d’une autre nature, rattachaient au département. C’est ainsi que de nombreux agens secrets parcouraient l’Europe aux frais du roi de France pour observer les mœurs, les institutions des pays étrangers, pressentir les dispositions des peuples et suivre les préparatifs de guerre des gouvernemens. Ces voyageurs, dont beaucoup passaient ensuite dans la diplomatie officielle ou dans les bureaux de Versailles, transmettaient des renseignemens sur ce que les envoyés officiels n’auraient pu voir, tenus qu’ils étaient par leur situation de ne fréquenter guère ailleurs qu’à la cour et dans la haute société des capitales. Des agens d’une autre classe étaient chargés de publier des ouvrages politiques pour le compte du roi. Sans parler des écrivains de la Gazette de France, rétribués sur les fonds du ministère, il y avait un certain nombre de publicistes appelés rédacteurs d’ouvrages politiques. Les archives et la correspondance diplomatique n’avaient pas de secrets pour eux, et leurs travaux avaient pour objet soit de prouver les droits de la couronne dans une négociation, soit d’attirer l’attention publique sur des questions intéressant la politique extérieure du roi. S x publicistes de ce genre étaient pensionnés par le ministère avant la révolution. Un seul, Rulhière, membre de l’Académie française, auteur d’une Histoire de l’anarchie de Pologne, a tiré son nom de l’oubli.