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traductions d’Homère, de César, de Lucain, de Josèphe, du Suétone, de Salluste, de l’Enéide de Virgile, des fables d’Ésope, des Métamorphoses d’Ovide, qu’ils appellent « le grand Olympe des histoires poétiques du prince de poésie Ovide Naso. » Ils publient encore les farces, les mystères, les romans de chevalerie, les danses macabres, les chroniques de Joinville, de Froissart, de Monstrelet, de Jehan Bouchet, de Commines, sans préjudice des Fleurs des hystoires, des Arbres des batailles, des Miroirs de rédemption, des Horloges de sapience et des Aiguillons d’amour divine. Pour donner une idée de la vogue des livres illustrés, il suffit de dire que de 1480 à 1489 on compte quarante-trois livres à images et seulement vingt-huit livres sans figures sur soixante et onze ouvrages publiés par les libraires de Paris et des provinces. A l’étranger, même succès pour les livres ornés de gravures. En Italie, on illustre le Dante, Boccace, le Songe de Polyphile, en Angleterre, Chaucer, les livres saints et le fameux Livre de Saint-Alban. En Allemagne, Püster édite les Plaintes de la mort et le Livre des quatre histoires, et Hartmann Schedel publie en 1493 le fameux Liber Ckronicarum ou Chronique de Nuremberg, livre qui contient plus de deux mille figures et dont le succès fut tel qu’en sept années on en donna cinq éditions. Il en fut de même, un demi-siècle plus tard, de la Cosmographie de Munstère, vaste encyclopédie illustrée, qui eut en moins de vingt ans vingt éditions allemandes, latines et françaises.

Au XVIe siècle, la vogue du livre illustré s’accroît encore, mais à cette époque la gravure sur bois sort du domaine de la curiosité pour entrer dans celui de l’art. Les tailles grossières, rares, clair-semées des premières impressions xylograpbiques s’affluent, s’allégissent, se rapprochent, se combinent, s’entre-croisent, se multiplient. Les ombres, autrefois indiquées seulement par quelques hachures horizontales, très espacées et presque toujours placées contre le contour gauche des figures, prennent leur place normale, se glissent dans les plis des vêtemens, suivent les mouvemens des membres et le jet des draperies, accusent les reliefs et les dépressions. La perspective donne ses illusions et ses effets optiques, le mouvement anime les figures et l’expression les illumine. A la lourdeur romane, à la raideur byzantine, à la naïveté gothique succèdent le naturalisme allemand, l’idéalisme italien, et l’éclectisme de l’école française qui emprunte aux artistes allemands la puissance et l’accent de vérité, aux artistes italiens l’élégance et le caractère de grandeur. Ce ne sont plus Michel Wolgemuth, Guillaume Pleydenwurft et autres imagiers primitifs qui dessinent et qui gravent pour les libraires; ce sont les grands maîtres. Albert Dürer dessine les figures de la Grande Passion, de l’Apocalypse, des Triomphes de Maximilien; Hans Holbeiû invente ses Danses des m.orts et fait des gravures pour les livres de ses amis Érasme et Thomas Morus; Mantegna,